1931
Rédaction : A bord de l'Ostrogoth, La Four à Chaux, près Morsang-sur-Seine (Essonne, France), durant l'été 1930.
Remarque(s) : il s'agit du premier roman à être publié sous son
patronyme et à être
présentée en librairie ; v. infra, Pietr-le-Letton, qui
c’est le premier roman à être écrit, dans le septembre 1929 selon le livre
de comptes de Simenon, et le premier roman qu'il signe de son
patronyme ; donc, du point de vue de la chronologie rédactionnelle, et non
de l'ordre de parution des œuvres, Monsieur Gallet, décédé n'est pas la
première enquête du commissaire Maigret, pourquoi c'est dans Pietr-le-Letton
qu'a été officiellement créé le personnage (car celui-ci est apparu
préalablement dans quatre proto-Maigret signés sous des pseudonymes et
n'appartenant pas à la série dite officielle, v. supra).
En feuilleton (préoriginale) : aucune.
Edition originale (tirage
courant) : Paris, Arthème Fayard & Cie,
1931, pp. 251 ; achevé d’imprimer : février 1931. 6
Fr., « Série des romans policiers ».
Géographie des actions : Sancerre (Cher). Saint-Fargeau (à environ 40 kilomètres
au Sud-Est de Paris ; villa « les Marguerites » ;
Seine-et-Marne). Paris (Rue de Clignancourt, Boulevard Beaumarchais, Rue de
Turenne, Rue de la Roquette). Nevers (Nièvre). Références : Rouen
(Normandie), Indochine.
Climatologie : début de l'été.
Temps d’exécution : Époque contemporaine (l'écriture du roman se réfère
aux années Trente) ; l’enquête de Maigret se déroule en douze jours, du 27 juin
au 6 juillet.
Cadre des personnages :
1. Émile Gallet (cinquante et un ans), faux nom du vrai descendant
des Saint-Hilaire (son vrai nom est Tiburce de Saint-Hilaire), escroc, marié,
un fils ;
2.
M. Clément, alias de Émile Gallet (nom adopté uniquement dans l'«
Hôtel de la Loire » de Sancerre) ;
3.
Tiburce de Saint-Hilaire (cinquante ans), châtelain de Sancerre (faux
descendant des Saint-Hilaire), alias de le vrai Émile Gallet ;
4.
Aurore Gallet (la cinquantaine), née Préjean, épouse de Émile Gallet, un
fils ;
5.
Henry Gallet (vingt-cinq ans), fils de Émile et Aurore Gallet, employé de
la banque « Sovrinos » à Paris, spéculateur boursier et maître
chanteur de son père ;
6.
Eléonore Boursang (trente ans), rentière à Paris, veuve et maîtresse de
Henry Gallet (et sa complice dans le chantage) ;
7.
M. Jacob, vendeur de journaux à Paris, homme de paille de Henry
Gallet ;
8.
Joseph Moers, inspecteur de l’Identité judiciaire à la Police Judiciaire
(P.J.) de Paris.
Résumé de l’intrigue : nous sommes dans la chaleur du début de l'été, c’est
le 27 juin 1930, lorsque dans l'« Hôtel de la
Loire », de Sancerre, on découvre le corps d'un homme d'âge mûr, Émile Gallet, qui est connu dans cet
établissement « sous le nom de M. Clément, rentier à Orléans », qu’il
a été tué d'une balle au visage de la fenêtre ouverte de sa chambre et,
ensuite, d'un coup de poignard dans le cœur (poignard que le mort tenait dans sa main, apparemment pour se défendre du meurtrier).
Maigret, de la chaleur suffocante de Paris a été appelé en
province pour ce meurtre et trouvera sur le lieu de la morte de cet homme (un
homme long et mince, « aux cheveux drus, à la barbiche poivre et
sel», un visage « aussi allonge » dont les lèvres « coupaient presque
la figure en deux et qui étaient d’une minceur anormale ») des « nombreux
détails étranges » ; encore, le télégramme de Nevers envoyée à Paris
dit : « Prière prévenir famille pour reconnaissance cadavre »,
tant que le commissaire, vient d’arriver, s’en va toute de suite à Saint-Fargeau,
où habite la femme d’Émile, dans sa villa « les Marguerites » (une « villa
médiocre » et « la seule construction » qui a été achevée dans
le complexe résidentiel), pour prévenir la morte d’Émile Gallet et pour
l'accompagner à Sancerre où son mari a été retrouvé assassiné pour la
reconnaissance ; mais lorsque Maigret apprend à Aurore Gallet la mort tragique
de son mari, il se heurte à son incrédulité (elle, qui est une femme « franchement
désagréable », se présent portant « une robe de soie mauve », chargé
de bijoux en or et n'a pas de cheveux gris désalignés): que diable pouvait-il
bien faire à Sancerre alors qu’elle le croyait à « Hôtel de la
Poste », à Rouen en train d'exercer son métier (comme le montrera
une carte postale manuscrite envoyée de la dit ville et arrivé le 26 juin) ? Alors que son territoire de vente sur échantillon
(Émile est voyageur de commerce pour la maison « Niel et Cie » et il vend des articles-cadeaux plaqués argent) a toujours été la Normandie
?
Maigret commence son enquête (et, on verra, il sera
« troublé, attiré et rebuté à la fois par la physionomie complexe de son
mort ») et met à jour la double vie du supposé représentant de commerce et
découvre qu'avec ça, fait dix-huit ans qu’Émile n'exerce plus ce métier : il
vit d'expédients et d'escroqueries, des petites sommes qu'il extorque, sous
couvert d'activités royalistes, aux aristocrates nostalgiques de province et
autres légitimistes (ceci en utilisant les listes d'abonnement du « Le
Soleil », un journal légitimiste, du père de sa femme, Auguste Préjean,
qui a été secrétaire du dernier prince Bourbon et rédacteur en chef du dette
magazine monarchique, dont lui il a conservé la mémoire historique, telles que
les adresses etc.) qui souhaitent le rétablissement des Bourbons sur le
trône de France. Avec cet argent volé (la « moyenne des sommes qu’il est
possible de leur soutirer oscille entre deux cents et six cents francs »),
Émile Gallet, qui se sait malade (gravement malade en raison de problèmes
majeurs avec le foie), a aussi contracté une importante assurance-vie en faveur
de sa femme en cas de son décès.
Or, un certain Jacob (un « sobriquet »),
vendeur de journaux en rue Clignancourt, à Paris, est l'homme de paille d'Henry Gallet et d’Eléonore Boursang (Henry, qui
travaille comme employé par la banque « Sovrinos » à Paris, est un
homme « glacé, funèbre » et est le fils d’Émile, fils qui en
voulait beaucoup à son père « de son manque d’ambition », d’être
seulement un vendeur de « quincaillerie » ; Eléonore, rentière, est
sa digne maîtresse), couple qui, par l'intermédiaire de Jacob, soutire ainsi
régulièrement de l'argent à Émile Gallet en menaçant de le dénoncer auprès des
personnes qu'il escroque (le fils avait découvert l'arnaque de son père il
y a trois ans). Peu avant la mort de Émile, Henry Gallet, toujours à travers
son homme de paille, Jacob, réclame vingt mille francs à son père ; comme
celui-ci ne dispose pas de ce montant, il supplie le châtelain
de Sancerre, Tiburce de Saint-Hilaire, qui habite voisin de l'« Hôtel de la
Loire », de le lui prêter, mais Tiburce de Saint-Hilaire refuse de lui accorder
le prêt qu'il a demandé. Encore, le jour du crime, Maigret apprend qu'Emile Gallet
a eu deux altercations : l'une avec le dit Saint-Hilaire, l'autre avec son fils
Henry, venu par hasard dans la région où sa maîtresse,
Eléonore Boursang, est en vacances à la « Pension
Germain », sur la « route de Sancerre à Saint-Thibaut » : rapidement
toutefois, le commissaire acquiert la certitude que ni Tiburce, ni Henry, ni
Eléonore n'a pu commettre le crime.
Bien que tout en Gallet se révèle médiocre et faux,
Maigret ne peut s'empêcher de s'attacher à ce personnage qui, pour lutter
contre la malchance, déploie des trésors d'ingéniosité pour arriver à survivre
et à faire vivre les siens et c'est sans doute la raison pour laquelle le
commissaire garde secret, pour la tranquillité des intéressés, ce que la suite
de son enquête lui fait découvrir : qui Gallet a vécu longtemps en Indochine, le
même de Saint-Hilaire. En poussant plus loin ses investigations, et grâce à une
visite à M. Padailhan, inspecteur des impôts à Nevers, qui avait rencontré le
vrai Gallet en Indochine, Maigret comprend enfin que les deux hommes ont changé
leurs identités respectives. Tiburce de Saint-Hilaire n'est autre que le
véritable Émile Gallet et qu’Émile Gallet, alias M. Clément, est de
facto le dernier descendant des Saint-Hilaire
qui, après une enfance malheureuse et une jeunesse faite de restrictions, a
vendu son nom à Gallet (et le vrai Gallet a payé à le vrai Saint-Hilaire trente
mille francs pour l’échange de documents d'identité et l'achat du titre
noble) ; et le vrai Émile Gallet a achète le titre parce qu'il savait que le
vrai Saint-Hilaire (pas au courant de cette affaire) devait recevoir un
héritage important, y compris le château de Sancerre. Une fois devenu châtelain
(mais pour avoir l’héritage, il a « attendu quatre ans »), Gallet a
effectivement touché une fortune colossale et le vrai Saint-Hilaire, frustré,
lui a sans cesse réclamé de l'argent, à la fois pour vivre et parce qu'il a été
victime de chantage, donc obligé de verser, via Jacob, de fortes sommes à des
inconnus. Il en va ainsi jusqu'au jour où Saint-Hilaire refuse à Gallet la
somme que lui réclame son maître chanteur ; désespéré, Emile camoufle avec
ingéniosité son suicide en crime pour que, par cette mise en scène, sa femme
puisse toucher la prime d'assurance-vie (on s’agit de trois cent mille francs qu'il
avait payé au cours des cinq dernières années, « Vingt mille francs par an
environ » , à la « compagnie Abeille ») ; et il faut
dire qu’Émile Gallet, pour éviter l'apparence du
suicide, il a construit un système à distance de pistolet à déclenchement
automatique; cependant, lorsque le pistolet s'est coincé après le premier coup,
Gallet, bien que grièvement blessé, a dû lui enfoncer un couteau dans le cœur
avec un effort énorme (rappelons aussi que
le système de déclenchement automatique frappera huit jours plus tard Joseph Moers,
un spécialiste de Paris, « employé dans le laboratoires de l’Identité
Judiciaire », appelé par Maigret et qui travaille dans la chambre d’Émile
Gallet, lui arrachant un « un petit
bout d'oreille »). Donc Émile Gallet meurt en ignorant
que le véritable auteur du chantage qui provoque son geste fatal n'est autre
que son propre fils, Henry.
En dernier lieu, quand il faut établir que personne
n'est coupable, ni l'auteur de l'échange d'identité (pour le vrai Émile Gallet,
« il y a prescription ») ni le fils maître chanteur (« la loi
prévoit qu’il n’y a pas délit, ni crime, quand un fils s’empare par des moyens
frauduleux du bien de son père »), Maigret fait le rapport final (« Raté !
… Il n’y a plus qu’à classer cette vilaine petite affaire … »), retenant donc
une grande partie de la vérité qu’il a découvert merci à son identification
avec cet homme malchanceux et ingénieuse, un homme qui peut enfin regagner, merci
à le silence du commissaire, le respect de sa femme et de son fils (des êtres
que le commissaire considère comme des petits-bourgeois qui ont les dents
longues et les doigts crochus, « désagréables » et prétentieux par
nature), qui le considéraient comme « un chien galeux », un inepte, « un
être subalterne, incapable d’effort », impuissant « à s’élever »,
uniquement grâce à la seule chose qu'ils apprécient, l'argent.
Remarque(s), 1 : dans ce roman, et ce sera un trait qui revient
pratiquement dans tous les autres romans de la saga Maigret, le commissaire se
met dans la peau des autres, des suspects, des coupables et surtout dans celle
des victimes, afin de les comprendre. Par exemple, dans le cas d'Emile Gallet,
il range ses vêtements sur le sol de la pièce où il est mort, essayant de faire
ce qu'Emile a fait avant de mourir en se mettant à sa place.
Remarque(s), 2 : Maigret, dans ce roman, il a quarante-cinq ans (et
il « pesait ses cent kilos ») et est le « plus ancien des
commissaires » de la Brigade criminelle. C'est peut-être pour cette raison
que le roman énumère les différents services par lesquels Maigret est passé pour
la « moitié de sa vie » ; dans une liste éparse : voie publique,
surveillance des grands magasins et du métro, brigade des garnis, brigade des
mœurs, gares et brigade des jeux (dans Les Mémoires de Maigret, 1950, v.
supra, Maigret parlera amplement de cette longue période de sa carrière).
Remarque(s), 3 : dans le roman Les Mémoires de Maigret
(1950, v. supra), Simenon aborde la question du fait que le commissaire
Maigret est de Paris, et que l'enquête sur le défunt M. Gallet se déroule en
province, c'est-à-dire qu'il a fait une enquête au-delà de ses compétences
territoriales ; la question est alors résolue en précisant que, dans Monsieur
Gallet, décédé, Maigret il a temporairement exercé ses pouvoirs, non pour
le Quai des Orfèvres (la P.J.), mais pour la Sûreté nationale, institution qui
dépend directement du ministre de l'Intérieur.
Remarque(s), 4 : rappelez-vous qu’on trouve Mme Maigret seulement à la fin du roman ; voici le dialogue avec son mari, celui qui clôt le roman : « — Tu as l'air de revenir d'un enterrement ! remarqua Mme Maigret quand il pénétra dans son logement du boulevard Richard-Lenoir … Tu as mangé, au moins ? — Tu as raison… articula-t-il pour lui-même en concernant avec plaisir le décor familier. Du moment qu'il est enterré … Il ajouta, sans quelle pût comprendre : — Quand même ! … Je préfère m'occuper d'un vrai mort, tué par un véritable assassin… ».
« Comœdia » du 20 février 1931
Fiche [carton] d’invitation (signé Simenon, Colin, Vertès,Don) estampillés d’empreintes digitales sanglantes
« Paris-Soir », 22 février 1931
Fiches récapitulatives :
|
Traits distinctif |
Caractéristique générale |
|
Victime |
Émile Gallet |
|
Suspecte |
Tiburce de Saint-Hilaire, Henry Gallet, Eléonore Boursang |
|
Methode de morte |
Pistolet + couteau |
|
Lieu |
Chambre de l'« Hôtel de la Loire » de Sancerre |
|
Mobile |
Assurance-vie en faveur de sa femme en cas de son décès |
|
Coupable |
Émile Gallet, par suicide camouflé |
|
Juge d’instruction |
Anonyme |
|
Traits distinctif |
Caractéristique générale |
|
Géographie des actions |
Sancerre (Cher). Saint-Fargeau (Seine-et-Marne). Paris (Rue de Clignancourt,
Boulevard Beaumarchais, Rue de Turenne, Rue de la Roquette). Nevers (Nièvre).
Références : Rouen (Normandie), Indochine. |
|
Climatologie |
Début de l'été |
|
Temps d’exécution |
L’enquête de Maigret se déroule en douze jours, du 27 juin au 6 juillet |
1.
C. Menguy et P. Deligny, De George Sim à Simenon. Bibliographie,
Paris, Omnibus, 2004, p. 25.
2.
M. Piron et M. Lemoine, L’univers de Simenon. Guide des Romans et
nouvelles (1931-1972) de Georges Simenon, Paris, Presses de la Cité, 1983,
pp. 256-257.
3. B. Alavoine, Les enquêtes de Maigret de Georges Simenon, Amiens,
Encrage Éditions, 2015, p. 82.
4.
M. Lemoine, Index des personnages de George Simenon, Bruxelles,
Éditions Labor, 1985, pp. 100, 242, 467-468, 580.
5.
J. Forest, Les archives Maigret. Répertoire analytique complet de ses
cent sept enquêtes, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal,
1994, pp. 36-37.
6. http://www.trussel.com/maig/plots/galplot.htm
7.
http://www.trussel.com/maig/momgal.htm
11. https://issuu.com/simesim/docs/binder1
12. S. Eskin, Simenon. Une biographie, Paris, Presses
de la cité, 1990, pp. 113-114.
13. P. Assouline, Simenon, Paris, Gallimard,
1996, pp. 217-221, 225-226.
14. M. Houtart, Simenon et la radio. Les adaptations
de Pierre Assouline pour France Culture, in « Traces », n° 24,
2020, Centre d’Études Georges Simenon, Université de Liège, p. 174.
15.
M. Wenger, La saga de Maigret. Le commissaire
bougon devenu raccommodeur de destinées, Amiens, AARP & Encrage
Éditions, 2020, pp. 20-21, pp. 139-140.





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