[Couverture photographique en noir recto-verso (photo de Lecram)] [12x19 cm]

Rédaction : « Les Sables Blancs » (villa de M. Gloaguen), Concarneau (Finistère, France), durant l'automne 1930 ; selon le livre de comptes de Simenon : à bord de l'Ostrogoth, Morsang-sur-Seine (Essonne, France), durant l'été 1930.

En feuilleton (préoriginale) : aucune ; suivant : l'hebdomadaire « La Dépêche de Vichy et du Centre » a publié Le pendu de Saint-Pholien en feuilletons du 24 mai 1931 au 31 janvier 1932 (soit 33 livraisons), en le présentant comme inédit, alors que l'ouvrage est déjà sorti en librairie.

Edition originale (tirage courant) : Paris, Arthème Fayard & Cie, 1931, pp. 251 ; achevé d’imprimer : février 1931. 6 Fr., « Série des romans policiers ».

Géographie des actions : Bruxelles, Liège (Belgique). Neuschanz (Hollande). Brême (Suisse). Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Reims (Marne). Paris.

Remarque(s), 1 : Neuschanz est un village à l’extrême Nord de la Hollande (du Nord-Est), faisant partie de la commune d'Oldambt, située en province de Groningue et située à la frontière avec l'Allemagne.

Climatologie : Automne.

Temps d’exécution : époque contemporaine (l'écriture du roman se réfère aux années Trente) ; l’enquête de Maigret se déroule en novembre et dur six jours (de 25 au 30 novembre).

Cadre des personnages :

1.     † Willy Mortier (vingt ans), étudiant à Liège, fils d’un riche négociant, assassiné ;

2.     † Émile Klein (vingt ans), étudiant en peinture à Liège, suicide ;

3.     Jean Lecocq d'Arneville (moins de trente-cinq ans), alias Louis Jeunet, mécanicien à Paris, séparé de son épouse, un enfant, suicide ;

4.     Joseph Van Damme (trente-deux ans), commissionnaire en marchandise à Brême ;

5.     Maurice Belloir, sous-directeur de la « Banque de Crédit » à Reims, mariée, un fils ;

6.     Jef Lombard (vingt-neuf ans), photograveur à Liège, mariée, trois enfants ;

7.     Gaston Janin (environ trente ans), sculpteur et fabricant de mannequins à Paris, célibataire ;

Remarque(s), 2 : tous les personnages impliqués dans l’enquête de Maigret sont originaires de Liège.

Résumé de l’intrigue : le 25 novembre, le commissaire Maigret, qui a achève une mission à Bruxelles, il s’en va dans un bistrot de la ville où son attention est attirée par un individu suspect ; celui-ci est pauvrement vêtu et il compte une forte somme d'argent liquide (trente billets de mille francs belges). Intrigué, Maigret le prend en filature et le suit au bureau de poste, où il glisse dans une enveloppe ordinaire (avec « la mention : Imprimé ») l'argent e l’envie à une adresse à Paris, puis dans une gare le long de la ligne ferroviaire Bruxelles / Brême ; à Neuschanz, dans l'extrême Nord de la Hollande, sur la frontière allemande, l'homme achète une valise bon marché en « imitation fibre » ; Maigret « par jeu » fait de même et, dès que l'occasion se présente, il substitue « d’un simple mouvement du pied » sa valise à celle de l'étranger. Puis, arrivée à Brême, tous deux logés dans un hôtel sordide où ils viennent de prendre deux chambres contigüe (mais Maigret l'obtient avec « quelque peine »), l'inconnu, ouvrant la valise dans sa chambre, découvre qu'il n'est plus en possession du contenu de « sa valise », mais « de vieux journaux » ; dans la chambre attenante du même hôtel sordide, Maigret ouvrant « sa valise » constate qu'elle contient de vieux vêtements, qu’on découvrira tachés de sang (« sang humain, probablement du sang artériel ») et « au moins de trois tailles » plus grande que celle de l’inconnu et une passeport qu’on verra indique une fausse identité, celle « de Louis Jeunet, né à Aubervilliers, ouvrier mécanicien ».

Le faux Louis Jeunet, en proie à l'agitation, se rend à la gare de Brême à la recherche de sa vraie valise suivie de Maigret, mais, à son retour dans sa chambre, désespéré et sous les yeux du commissaire qui l'observe secrètement du trou de la serrure depuis la pièce voisine, il se tire une balle dans la bouche et Maigret se culpabilise des conséquences imprévues et fatales de son remplacement de valise (il a « provoqué inconsciemment » un drame). Le jeune homme est puis conduit à la morgue de Brême et là, le jour suivant, un certain Joseph Van Damme, un commissionnaire en marchandise, vient voir le cadavre de ce Français inconnu mort à Brême, par curiosité, dit-il à Maigret allé à la morgue par sens du devoir, mais le commissaire reste méfiant que cet homme connaisse le défunt.

De retour à Paris, Maigret s'arrête un instant pour acheter du tabac et une de ses valises « imitation fibre » est curieusement volée (mais non « celle qui contenait les vêtements », et on verra qui était Janin à la voler), et seulement lorsque il arrive à la P.J. découvre la véritable identité du suicidé de Brême (un mécanicien liégeois qui travaille à Paris, nommé Jean Lecocq d'Arneville) grâce au fait que la photo du défunt est publiée et reconnue par deux témoins qui vont au quai des Orfèvres ; le premier témoin est sa femme, Jeanne Jeunet, herboriste, rue Picpus, et par elle, dans un discours déchirant, le commissaire apprend que son mari était alcoolique, qu’ils ont un fils, et que Louis l'a quittée pendant deux ans ; de son frère Armand Lecocq d'Arneville, le deuxième témoin (qui se présent après un certain temps à partir des faits), où apprend qu’il était un jeune homme très instruit qui avait fait ses études secondaires et l'université, intéressé par la culture, mais avec qui tout contact s'est arrêté dix ans plus tôt. Pour les besoins de l'enquête (un propriétaire d’un café de Reims, « Le Café de Paris », a reconnu la photo de Jean Lecocq d'Arneville et l’a informé), le commissaire se rend à Reims, où Lecocq, très ivre, selon le dit propriétaire, a récemment été vu, à une heure du matin, en compagnie de Maurice Belloir, de la « Banque de Crédit » à Reims, rendant rue de Vesle, où Belloir habite ; et chez Belloir (qu’on découvrira il a signé le chèque de trente billets de mille francs belges pour « un nommé Louis Jeunet »), Maigret retrouve, avec étonnement, Van Damme, en compagnie de Gaston Janin, sculpteur et fabricant de mannequins à Paris et, après, de Jef Lombard, photograveur à Liège ; et comme Lecocq, ces quatre hommes sont originaires de Liège. C'est dans cette ville que Maigret poursuit son enquête dangereuse, où, en effet on a tenté de l’assassiner deux fois : la premier fois Van Damme, qui revient à la voiture à Paris avec le commissaire comme invité, lorsqu'un pneu a crevé près de Luzancy, essaie de le pousser dans la Marne, mais Maigret, qui prévoit l'attaque, parvient à s'échapper ; la deuxième, après une rendez-vous dans un café avec un homme en raison de « une lettre non signée » lui promettant « des révélations complètes », lui retrouve trois hommes, Belloir, Lombard et Van Damme, dans une rencontre qui « dura près d’une heure », pratiquement sans qu'aucun d'eux parle ; puis, à la sortie du café, après les saluts, quelqu'un tire sur Maigret, mais il lui manque (et on verra qu’a été Jef Lombard à tirer dessus). Donc, Maigret enquête et, lorsqu'il se rend chez Lombard, il rencontre d'innombrables tableaux de pendus dans son atelier et, surtout, découvre aussi que Van Damme a toujours une longueur d'avance sur lui et qui a détruit tous les articles dans les archives de tous les journaux liégeois concernant un événement du 15 février, « de l’année de pendus », dix ans plus tôt ; encore, au commissariat central, Maigret découvre qu’un procès-verbaux numérotés, le n° 240 du 15 février, a « été arraché » toujours par Van Damme. Mais pour la dernière trace laissée, la copie du procès-verbal 240 adressé par la police au maire, c'est le commissaire qui a le dessus, et seulement parce qu'il arrive un instant avant Van Damme du secrétaire municipal, en mairie ; il apprend ainsi de la mort, le 15 février « de l’année de pendus », d’un jeune nommé Émile Klein, « né à Angleur, 20 ans, peintre en bâtiment, domicilié rue du Pot-au-Noir » qui « s'est pendu, vraisemblablement vers le milieu de la nuit », « au marteau de la porte » de l'église Saint-Pholien, « à l’aide d’une corde de store » ; et Maigret, en faisant des recherches, trouve que sa taille (celle d'un « avorton ») ne correspond pas à celle de la robe retrouvée dans la valise volée à Louis Jeunet. Maigret, en allant en rue du Pot-au-Noir, lorsqu'il visite l'atelier maintenant délabré de Klein (rempli d'ordure et de dessins éparpillés sur le plancher) dans un bâtiment désaffecté derrière de l’église de Saint-Pholien, retrouve Joseph Van Damme « dans un coin », « appuyé au mur », armé, qui veut lui donner deux cent mille francs français pour son silence d’un mois (comme on le verra, il reste un mois à la prescription dix ans après l'événement), que le commissaire, brutal, refuse ; enfin, l'un après l'autre, ils arrivent Maurice Belloir et Jef Lombard, qui attendait, dans la maison de Jef, dans la rue en Horse-Châteaux, le résultat de l’entrevue de Van Damme avec Maigret. Et finalement, Jef Lombard (suivi, plus tard, de Maurice Belloir) parle et le commissaire apprendre à connaître le nœud de tout l'affaire: ces jeunes Belges que le commissaire a rencontrés dans cette histoire faisaient partie, « il y a un peu plus de dix ans » (ils avaient alors tous une vingtaine d'années), d'une petite société secrète appelée « les Compagnons de l'Apocalypse » (« un titre mystérieux, bien ronflant »), et ils se réunissaient dans l’atelier loué de Klein, pour de bruyantes beuveries nocturnes au cours desquelles ils laissaient libre cours à leurs idées libertaires et excentriques ; lors d'une de leursses beuveries, une nuit de Noël, dix ans auparavant, Émile Klein, un artiste habitué à la pauvreté, mal nourris (il « devait travailler pendant la journée comme peintre en bâtiment » pour « suivre les cours du soir de l’Académie », et « il vivait de rien, se passait de manger pour boire »), s'excite à l'idée de commettre un meurtre et, devant ses camarades de classe, Lecocq, Van Damme et Janin, étonnés et restés passifs, il intervient en poignardant dans le ventre Willy Mortier ; celui-ci, un élève juif qui les fréquente (même s'il est détesté et mal toléré par les compagnons), qui vient d'un milieu plutôt aisé (bien plus riche que celle de Belloir et Van Damme), ce soir-là était « en smoking », et tous on voyait, « du trou de son plastron », que « le sang s’échappait à flots »; mais « Willy ne mourait pas ! », et il faut dire que Willy Mortier meurt seulement avec l'aide finale de Belloir qui, en luttant avec l’homme blessés et sanglante, l’étrangle parce que celui-ci « avec la main droite » a pris « lentement un revolver de la poche » pour leur tirer dessus ; et c'est ainsi que la robe trois tailles plus grande que celle de Louis Jeunet est souillée de sang artériel. Après avoir fait disparaître le corps de Mortier dans le fleuve Meuse en crue (corps qui il n'avait jamais été retrouvé), « les Compagnons de l'Apocalypse » se dispersent initialement à Paris, sauf Jean Lecocq d'Arneville, Émile Klein et Jef Lombard, les plus pauvres et les plus socialement faible de la petite société secrète, qui restent à Liège. Or, deux mois après ce drame, Émile Klein se suicide en se pendant, comme vu, au marteau de la porte de la vielle église Saint-Pholien ; Jean Lecocq d'Arneville, lui, reste hanté par le crime de son ami, par son suicide, et pour oublier tous les choses « qui lui rappelât le drame », ces souvenirs pénibles qui lui rappellent qu'il est « un voleur de bonheur », du « bonheur volée à Klein … Et à l’autre … [Willy Mortier] », il change d'identité (se fait appeler, comme vu, Louis Jeunet), de lieu, de métier (« en devenant un travailleur manuel », sans plus ouvrir un livre), se marie et il a un fils ; mais tout cela n'empêche pas le souvenir obsessionnel de cette macabre nuit de Noël de le poursuivre en permanence, à un « degré maladif, douloureux », en lui empêchant de mener une existence normale avec sa femme et son fils. Alors qu'il souffre, « incapable, non seulement d’être heureux, mais de conquérir un semblant de paix », Lecocq, en voyant ses amis Belloir, Van Damme et Janin réussir leur vie, certains fonder un foyer, il décide, pour « venger Klein ! … pour se venger lui-même ! … », il y a trois ans, de les faire chanter et c'est pour cela qu'il transporte avec lui, dans une valise, la robe de Belloir, tachée du sang de Willy Mortier, qu’il avait abandonnée chez Klein après s'être changée après la mort de la victime; donc, il se sert de cette « relique », « la seule preuve matérielle des événements de la nuit de Noël », pour soutirer de l'argent aux derniers membres de la confrérie (bien essayant de leur créer des problèmes économiques, « des difficultés inouïes »), enfin il brûle intentionnellement, dans la poêle de sa chambre à Paris, en rue Roquette, les billets qui lui sont remis pour l'achat de son silence (comme le savent les victimes de chantage et comme l'atteste la découverte et l’analyse dans les cendres du poêle de grosses sommes de « billets belges et français »).

Si la mort de Lecocq d'Arneville libère ses victimes d'un poids énorme, Belloir, Van Damme, Lombard et Janin n'en sont pas moins affolés par la présence de Maigret. En effet, dans moins d'un mois (vingt-six jours à Noël, dix ans après la mort de Willy), il y aura prescription pour le crime du malheureux Willy Mortier, et Maigret le sait ; aussi quitte-t-il Liège pour Paris où il classe l'affaire Willy Mortier (le 30 novembre) ; et, s'il laisse la liberté à ces gamins inconscients qu'étaient Belloir, Van Damme, Lombard et Janin, c'est parce que l'avenir de cinq enfants innocents est en jeu (un enfant est de Jean Lecocq d'Arneville, une de Maurice Belloir et trois de Jef Lombard, un vient de naître).

Le roman se conclue à la « Brasserie Dauphine » avec un Lucas « aussi effaré » : en « fait de demis, son compagnon [Maigret] avala presque coup sur coup six imitation d’absinthe » …

Remarque(s), 3 : Le pendu de Saint-Pholien est un roman tiré d'un fait divers réel, le suicide par pendaison à la clenche de l'église Saint-Pholien (dans le quartier d'Outremeuse, à Liège) du peintre cocaïnomane Joseph Jean Kleine, le 2 mars 1922 ; ce fait divers figurera également dans le roman Les Trois crimes de mes amis [1937, v. infra]. On rappelle que « La Gazette de Liége » (le nom de Liège est écrit à l'ancienne) du 3 mars 1922 rapporte le fait dans un article non signé, mais écrit semble-t-il par Simenon, et que de nombreux lieux décrits dans le roman se situent à Liège où, dans sa jeunesse, l'écrivain appartenait à un groupe d'artistes et d'anarchistes appelé « La Caque » (la caque est un type de baril utilisé pour emballer le hareng et on dit « être serrés comme des harengs en caque », métaphore pour un groupe qui est très uni).

Remarque(s), 4 : dans ce roman, Simenon souligne à plusieurs reprises que le destin social des membres de « les Compagnons de l'Apocalypse », compte tenu de la structure socio-économique prédominante dans leur milieu de vie, est dicté par deux causes déterminantes ; d'une parte, nous avons le déterminant économique, qui présente différents niveaux d'accès à l'argent par ces jeunes ;

pour les trois premiers niveaux d'accès à l'argent, on part de la première place qui est occupée par Willy Mortier et qui est donnée par la richesse accumulée par la famille juive à laquelle il appartient, suivi du bien-être économique de Maurice Belloir, de Joseph van Damme et celui de Gaston Janin (« Il avait d’une parte les riches, qui rentraient ensuite [après les beuveries nocturnes] chez eux, reprenaient pied dans une atmosphère solide … Van Damme, Willy Mortier et moi [Maurice Belloir] … et même Janin, qui ne manquait de rien … ») ; enfin, nous avons deux niveaux de pauvreté, celui relatif de Jef Lombard (son père, veuf, est un « ouvrier armurier ») et celui absolu de Jean Lecocq d'Arneville et d'Émile Klein (« Ils avaient eu tous les deux une enfance pénible, près d’une maman pauvre … »). Or, c'est à partir du moment du meurtre de l'individu le plus riche que l'on peut voir les effets lointains qu'une structure économique a sur le destin social des membres du conventicule : ceux qui en ont les moyens peuvent quitter Liège pour Paris (et, par la suite, pour les autres destinations hors Belgique), comme Belloir, van Damme et Janin ; les démunis doivent rester en Belgique, tout comme Klein, Lecocq d'Arneville et Lombard (dit Belloir : « Nous étions partis … Ils sont restés »). L'autre déterminant, qui relocalise les composants du conventicule et engage entre eux deux destins socialement antagonistes, est celui qui renvoie à la capacité d'affronter la réalité produite par un meurtre, c'est-à-dire le sentiment de culpabilité vécu en tant qu'individus séparés les uns des autres et non plus en combien ils sont liés par une structure socio-économique. La réaction au sentiment de culpabilité produit ainsi, d'une part, ceux qui sont capables de s'adapter à la réalité, comme Belloir, van Damme, Janin et Lombard ; de l'autre, ceux qui ne savent pas s'adapter, comme Klein et Lecocq d'Arneville (dit Belloir : « Les autres et moi ayons essayé de nous échapper, de reprendre contact avec l’existence normale … Lecocq d’Arneville, au contraire, s’est jeté à corps perdu dans son remords, dans un désespoir farouche … Il a raté sa vie ! … »). Klein est le premier à refuser l'adaptation, refus qui le conduit au suicide, c'est-à-dire à l'asocialité parfaite ; Jean Lecocq d’Arneville, au contraire, essaie de s'adapter à la réalité, mais il le fait en refusant ce qu'il est devenu, c'est-à-dire en changeant de lieu, d'identité et de travail, en se mariant et en ayant un enfant ; une tentative qui échoue en raison de son incapacité constitutive à faire et à accepter des compromis (« C’était comme si la vie avait continué à couler pour les uns [lire : ceux qui sont capables de s'adapter à la réalité], s’était arrêtée pour les autres [lire : ceux qui ne savent pas s'adapter] … »), qui donne alors naissance à la matrice du chantage comme tentative de ramener chacun à son niveau, ce qui fait de lui un individu asocial imparfait. Et il est curieux que ce qui marque son asocialité, ce qui le rend en quelque sorte parfait, se retrouve dans une traduction de la réalité pratique et symbolique à la fois : récolter de l'argent pour le brûler (sans préjudice de l'abandon au suicide, dont il est la cause dernier Maigret). Bref, à dire que c'est l'argent qui fait le lien entre le déterminisme économique et le déterminisme caractériel (« Est-ce que ce n’était pas le point vulnérable ? … toute notre situation, à Van Damme, à Lombard, à moi [Belloir], voire à Janin, n’était-elle pas basée sur l’argent ? … »), ce qui nous ramène au point de départ : à savoir, à la structure socio-économique prédominante dans leur milieu de vie comme matrice avant leur destin.

Remarque(s), 5 : Maigret, dans ce roman, joue le rôle de raccommodeurs des destins car, pensant à l'avenir de la nouvelle génération, celui des enfants, il considère que cette génération ne doit pas payer les erreurs de celle qui la précède, celle des pères ; et en effet, il est bien conscient que l'arrestation d'un coupable étend ses effets sociaux sur le destin des membres de toute la famille, en l'occurrence notamment aux cinq enfants dont il rend compte à plusieurs reprises au cours de son enquête. Et c'est donc pour cette raison, comme le commissaire le laisse plus ou moins explicitement comprendre au coupable dans la clôture du roman (« Il y a cinq gosses dans l’histoire … »), qu'il ne recourt pas à l'appareil de justice, mais il décide de son propre chef de libérer ceux qu'il a découverts comme étant les coupables d'un crime qui pourra ainsi entrer en prescription un mois après l’effacement de son enquête (Maigret, à la fin de l’enquête, quitte-t-il Liège pour Paris et, arrivé à son office au quai des Orfévrés, en répondant à Lucas sur ce que c’est des coupables, « Des anarchistes ? … Des faux monnayeurs ? ... Une bande internationale ? … », il répond : « Des gamins ! … laissa-t-il tomber » et lance « dans son placard la valise qui contenait ce qu’un expert allemand avait appelé, en long et minutieux rapports, le complet B », la robe sanglant de Belloir …).

Remarque(s), 6 : à demi-roman, au retour de Maigret en boulevard Richard Lenoir [chapitre 6], Mme Maigret, « paisiblement » et sans interrompre son travail de coudre, a lui demandé : « Est-ce un crime ? ». Et il se peut qu’un crime ait été commis par Maigret presque par jeu (comme a écrit Simenon, Maigret « n’était pas loin – il était même bien près de penser – qu’il venait de tuer un homme »).

Remarque(s), 7 : notez que dans ce roman aussi, comme dans Monsieur Gallet, décédé [1931], Maigret pour son enquête est hors de sa juridiction parisienne (il a fait une enquête à Brême, Paris, Reims et Liège) ; encore, que cette enquête est non officielle (caractéristique répétée, en particulier dans les premiers romans).

 

Fiches récapitulatives :

 

Traits distinctif

Caractéristique générale

Victime

Willy Mortier

Jean Lecocq d’Arneville

Suspecte

Aucun [suicide]

Aucun [suicide]

Methode de morte

Couteau et strangulation

Révolver [une balle dans la bouche]

Lieu

Atelier de Émile Klein, derrière l’église de Saint-Pholien (en Liège)

Chambre d’Hôtel de Brême

Heure

Nuit de Noël, après minuit

Minuit

Mobile

Commettre un meurtre

Le désespoir

Coupable

Émile Klein et Maurice Belloir

Maigret [?]

 

Traits distinctif

Caractéristique générale

Géographie des actions

Bruxelles, Liège (Belgique). Neuschanz (Hollande). Brême (Suisse). Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Reims (Marne). Paris.

Climatologie

Automne

Temps d’exécution

L’enquête se déroule en novembre et dur six jours (de 25 au 30 novembre)

 

Sources d'information :

 

1.     C. Menguy et P. Deligny, De George Sim à Simenon. Bibliographie, Paris, Omnibus, 2004, pp. 26-27.

2.     M. Piron et M. Lemoine, L’univers de Simenon. Guide des Romans et nouvelles (1931-1972) de Georges Simenon, Paris, Presses de la Cité, 1983, pp. 258-259.

3.     B. Alavoine, Les enquêtes de Maigret de Georges Simenon, Amiens, Encrage Éditions, 2015, p. 82.

4.     M. Lemoine, Index des personnages de George Simenon, Bruxelles, Éditions Labor, 1985, pp. 65, 300, 311, 337, 367, 393, 476, 626.

5.     J. Forest, Les archives Maigret. Répertoire analytique complet de ses cent sept enquêtes, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1994, pp. 38-39.

6.     http://www.association-jacques-riviere-alain-fournier.com/reperage/simenon/notice_maigret/note_maigret_Pendu%20de%20Saint%20Pholien.htm

7.     https://www.toutsimenon.com/oeuvre/tout-simenon/fiche-livre/17-Le-pendu-de-Saint-Pholien_4008

8.     http://www.trussel.com/maig/plots/phoplot.htm

9.     M. Wenger, La saga de Maigret. Le commissaire bougon devenu raccommodeur de destinées, Amiens, AARP & Encrage Éditions, 2020, pp. 21-22. 

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