[Couverture phothographique en noir recto-verso (photo de Lecram)] [12x19 cm]

La nuit du carrefour

Rédaction : Hôtel La Michaudière (Château de Guigneville), Guigneville-sur-Essonne (Seine-et-Oise, aujourd'hui Essonne, France), en avril 1931.

En feuilleton (préoriginale) : aucune.

Edition originale (tirage courant) : Paris, Arthème Fayard & Cie, 1931, pp. 251 ; achevé d’imprimer : juin 1931. 6 Fr., « Série des romans policiers »

Géographie des actions : le carrefour de Trois-veuve, à trois kilomètres d’Arpajon (Seine-et-Oise, actuellement Essonne). Avrainville (Essonne). Paris. Anvers (Belge). Copenhague (Danemark). Référence : Jeumont (canton de Maubeuge-Nord), Hambourg (Allemagne).

Climatologie : mi-avril (fin de l'hiver).

Temps d’exécution : Époque contemporaine (l'écriture du roman se réfère aux années Trente). L’enquête de Maigret dure quatre jours.

Cadre des personnages :

1.     Émile Michonnet (la cinquantaine), agent d'assurance, mariée, manipulé par Else et la bande à Oscar ;

2.     Carl Andersen, Danois, fils d'une riche et aristocratique famille danoise (Andersen est un alias et le nom de sa famille n'est pas donné), défiguré par un œil de verre qui couvre avec un monocle noir ; dessine des tissus d’ameublement pur une maison de Paris ;

3.     Else (la trentaine), Allemande, alias de Bertha Krull, sœur de Carl Andersen, en réalité son épouse, sans profession et ancienne prostituée de basfonds de Hambourg, maîtresse de Émile Michonnet et Oscar, recherché par la police de Copenhague et chef d’une bande de trafiquants ; pas d’enfant ;

4.     Oscar (dans trentaine), ex-boxeur professionnel, garagiste, recéleur et chef des truands (son garage est une façade dissimulant un centre de trafic illégal de drogue, voitures et bijoux volés etc.), mariée avec Germaine ;

5.     Jojo, mécanicien du garage d’Oscar et membre de la bande de trafiquants ;

6.     Guido Ferrari, Italien, tueur à gages à la solde d'Oscar, assassin d’Isaac Goldberg et son épouse, blesseur de Carl Andersen ;

7.     Isaac Goldberg (quarante-et-cinq ans), Belge, « courtier en diamants » de Anvers, trafiquant, mariée, deux enfants ;

8.     Mme Goldberg, Belge, épouse et puis veuve (avant d'être tuée) de Isaac Goldberg ;

9.     Lucas (la trentaine), inspecteur à la P.J. de Paris (qui figure parmi les principaux collaborateurs de Maigret).

Remarque(s), 1 : veuillez prendre note que Mme Michonnet, pendant l'histoire, a été vieilli, par mégarde, de dix ans ...

Résumé de l’intrigue : le carrefour dit des Trois-Veuves est « sur la route nationale de Paris à Étampes, à trois kilomètres d'Arpajon » et est un endroit assez isolé dans un paysage encore paysan (des champs à perte de vue ») où la fin de l'hiver de mi-avril commence à se manifester (même si la plupart des lieux où se passe l'action sont crépusculaires ou nocturnes). On y trouve, dans ce carrefour, trois blocs de logement, qui forment un triangle imaginaire (dont un côté est une des route [v. infra]), où y sont le pavillon « style villa », des Michonnet (époux et épouse avec une villa toute neuve, avec un jardin ridicule, qui montre des prétentions petites-bourgeoises), la maison des Andersen (un homme et sa sœur qui vivent dans la « maison des Trois-Veuves », une résidence de campagne ancienne et délabrée qui « date de la Révolution » où, au-delà du mur qui l'entoure, le parc ne permette d’apercevoir « que le premier étage, un toit d’ardoise et quelques beaux arbres ») et, donnant sur la rue Paris-Étampes, une station de service avec « ses cinq pompes à essence, peintes en rouge » et un garage (mieux, un atelier de réparation d’auto) avec trois mécaniciens, dont le propriétaire est un dénommé Oscar, un ancien boxeur dans la trentaine, qui habite avec sa femme derrière le garage dans une maison « en carreaux de plâtre, édifiée rapidement dans la fièvre des affaires », qui travaille ici depuis huit ans, peut-être dix (et son travail est étroitement lié à la vie de la route). Cela dit, tout n’est qu’une « histoire d’autos », comme dit Oscar à Maigret sur la rue qui porte à le carrefour [v. infra] : un dimanche, dans son garage, Carl Andersen, fils d'une riche et aristocratique famille danoise non nommé, trouve la voiture (une voiture à « six cylindres neuve, d’une marque connu », achetée « à tempérament », vous le verrez) de son voisin Émile Michonnet et, dans celle-ci, « sur le siège avant, penché sur le volant, un homme mort, tué d’un coup de feu tiré au bout portant dans la poitrine », un homme juif  « nommé Isaac Goldberg, diamantaire à Anvers » ; effrayé, lui et sa sœur Else [v. infra] s'échappent en prenant « le premier train pour Paris », mais ils sont rattrapés à leur « arrivée à la gare d'Orsay ». Quant à Michonnet (la cinquantaine), agent d'assurance, il a, dans un garage, la voiture d'Andersen (une Citroën « de 5 CV, d’un type démodé », « un tacot », comme dira Maigret).

Et c'est à cause de ce cadavre que, pendant dix-sept « heures de grilling », le commissaire Maigret et Lucas (qui se relaient de « heure en heure, ou de deux en deux heures » selon la fatigue) ont interrogé, à la P.J. de Paris (36 quai des Orfèvres), le seul Carl Andersen, pendant que sa sœur, Else, a « été reconduit chez elle par la gendarmerie » et est sous surveillance ; durant le dit interrogatoire. Carl, dont la personnalité chiffonne Maigret, nie et soutient ne rien comprendre à cette affaire parce qu’il a vu Isaac Goldberg « pour la première fois, mort, au volant d’une voiture » qui ne lui appartient pas dans son « propre garage … ». Il est finalement relâché. Ensuite, prévenue du meurtre de son mari, Mme Goldberg se rend sur place le lundi soir : devant les yeux de Maigret, alors qu'il se dirige vers son auto (« louée par elle à Paris, Place de l’Opera »), elle est abattue par balles en sortant de la berline et tombe sur le sol (« s’y écrasa littéralement »), avant même d'avoir atteint le Carrefour des Trois-Veuves, devant l'auberge d'Avrainville (proche au carrefour où Maigret s’installera avec Lucas peu après).

Le mardi matin, Carl Andersen avec la « permission » de Maigret se rend à Paris pour être paye (« en moyenne » « deux mille francs » au mois) pour son travail pur une maison de Paris des tissus d’ameublement (« la Maison Dumas et Fils, rue du 4-Septembre ») : est censé revenir sans délai, mais on ne le revoit pas ; en revanche, sa voiture est retrouvée à Jeumont, près de la frontière belge, comme se Carl Andersen il avait traversé la frontière. Il faut savoir que Maigret est arrivé en taxi de Paris le lundi en fin d'après-midi (Lucas est déjà arrivé au Carrefour des Trois-Veuves lundi matin, en train), lorsque peu après son arrivée, un télégramme l'informe de l'arrivée de Mme Goldberg, qui, comme vue, a été tuée devant ses yeux ; le jour suivant, durant la journée de mardi, Maigret enquête en profondeur au carrefour et tente de mieux connaître Oscar, un « ancien boxeur » qui est connu à « la Tour pointue » [allusion à la tour pointue du 36, quai des Orfèvres à Paris, siège de la préfecture de police], « un pauvre diable d’ouvrier qui a fini par s’établir patron » de la station-service du carrefour, et Michonnet, un agent d'assurance, qui a déjà vue et classifié en négatif au Quai des Orfèvres le jour du « grilling » de Carl Andersen ; Maigret fréquente également le quartier d'Else, la sœur d'Andersen. Donc le commissaire connait le couple Michonnet et approche d'un peu plus près Oscar ; le garagiste est un homme gouailleur et vulgaire, qui invite régulièrement, et sans se décourager, Maigret à boire un verre (ce que Maigret refuse autant régulièrement) et qui s'attarde auprès d'Else chaque fois que l'occasion se présente. Il apprend ainsi que Carl Andersen, il y a trois ans, vit avec sa sœur, Else (la trentaine), qu'il enferme dans sa chambre dès qu'il quitte la maison (mais il faut aussi savoir, comme découvre Maigret [v. infra], qu’Else est apparemment claustrée dans sa chambre pour être réservée à l'affection exclusive du seul Carl, car elle dispose en fait d’un double de la clef qui lui permet d’être non claustrée ; tant que, alors que Carl Andersen s'est endormi avec le véronal [un médicament, couramment utilisé à l'époque, qui permet de s'endormir] qu'elle lui donne à son insu, elle peut faire un autre vie moins ennuyant, de réaliser des profits illicites et de se lancer à la conquête des tous les habitants masculins du carrefour : par son comportement mystérieux, son charme ambigu et l'atmosphère trouble dont elle s'entoure, il est fort vrai qu’Else attire l'attention des tous les homme du carrefour, y compris ceux qui vient de l'extérieur, par exemple, on voit Maigret avec une gorge sèche et un front en sueur quand, dans sa chambre, il a aperçu son sein ; et nous ensuite reviendrons sur cette question de la séduction des femmes et du voyeurisme du commissaire [v. infra]).

Le soir tombe et une folle nuit commence. Oscar et sa femme, Germaine, comme ils l'ont toujours fait chaque semaine, se rendent à leur tour dans la capitale pour sortir manger, aller au théâtre et ensuite passer la nuit à l'Hôtel (mais, sans le savoir, sous surveillance téléphonique à distance, répétée toutes les heures, par Lucas, aux fins de rassurer Maigret sur le fait qu'Oscar est toujours à Paris). Pendant ce temps, dans la maison des Trois-Veuves, où le commissaire doit protéger Else, qui a peur (mais sur laquelle le commissaire est très revenu sur son jugement, v. infra), cette dernière, après avoir grignoté « sans plaisir » « un morceau de veau froid », en buvant un verre de bière versé d’une bouteille déjà « entamé » prise dans la cuisine par Maigret (v. infra), se retrouve victime d'un empoisonnement [à la strychnine ?] ; et c'est grâce à sa promptitude qu'Elsa, contrainte par une cuillère dans la bouche habilement manœuvrée par le commissaire qui touche « avec obstination le fond de la gorge et le  palais », parvient à vomir ce qu'elle a avalé et à se sauver ; enfin, c'est encore à ce moment qu'un « coup de feu » se fait entendre et que Lucas prévient Maigret de l'épaule blessée de Carl Andersen. Donc Carl Andersen est réapparu au carrefour, où l'on apprend qui, dans son voyage à Paris pour être paye pour son travail (comme indiqué plus haut), il ont tenté de l'assassiner, on lui ont volé sa voiture, tant qu’il s'est traîné à grand-peine jusque chez lui, à la maison des Trois-Veuves, où, à peine arrivé, on a cherché à nouveau de l'abattre pour la deuxième fois : comme on le sait déjà, il est salement blessé à l'épaule d'un « coup de feu » tiré à bout portant (« une balle avait fraîchement écrasé l’omoplate gauche ») ; ce que l'on ne sait pas, c'est que la première blessure, « dans le dos » [une blessure aux niveau des reins], est effrayante (« Dix centimètres carrés de peau étaient arrachés. La chair était littéralement hachée, brûlée, boursouflée, plaquée de croûtes de sang coagulé »); elle est due à un coup extrêmement rapproché d’un voyou qui a dit, en l'arrêtant à « la porte d’Orléans », à Paris, tard le matin (en route « chez Dumas et Fils », v. supra), qu’il est « de la police », à tel point que Carl le laisse monter dans la voiture et obéit à ses ordres ; par conséquent, un meurtrier est dans la 5CV avec lui, qui le blesse quand il trouve le bon moment et puis le pousse « hors de la voiture » et le laisse très meurtri, à pied, et conduit ensuite la voiture de Carl Andersen à Jeumont, près de la frontière belge, où il l'abandonne front la gare.

Maintenant, qu’il est déjà tard dans la nuit, Maigret sort enfin de la Maison des Trois-Veuves et arrive « sur la grand-route » et, en regardant autour de lui, il entend d'abord  (« il y avait un bruit grandissant de moteur et de ferraille »), puis voit un camion automobile qui s'arrête devant la station-service, à la pompe à essence en klaxonnant et constate qu’une veilleur de nuit, Jojo, est de service ; il s'approche et, « les mains dans les poches, la pipe au dents », demande si Oscar « n’est pas rentré ». Jojo répond par la négative et dit au chauffeur du camion que son pneu de rechange est prêt ; puis il entre dans le garage et fait rouler le pneu « jusqu'au camion » et le charge avec difficulté ; cette roue de secours s'avère toutefois être d'une taille inférieure à celle que le camion est censé utiliser et, face à cette incongruité, le commissaire demande à Jojo pourquoi ce pneu de rechange « n’est pas du meme diamètre que les autres … » : face à la réaction inquiète, suspecte, de Jojo (qui sera ensuit immobilisé par le commissaire et remis à la police), Maigret tire « dans la direction d’une des chambres à air accrochées au mur » qui, en se dégonflant, laisse « échapper des petits sachets blancs par la déchirure » ; en d'autres termes, des doses de cocaïne. Et ces doses de cocaïne font comprendre au commissaire quel est le vrai métier du garagiste et le vrai rôle du garage : que Oscar est un recéleur e que son garage est une façade dissimulant un centre de triage de trafic illégal. En effet, Maigret perfore successivement cinq chambres à air et trouve, outre la cocaïne, « des couverts en argent », « de la dentelle et quelques bijoux anciens ». Sur les dix voitures du garage, Maigret ne parvient qu'à en remettre une en état de marche, alors il utilise une clef anglaise et un marteau pour « démonter les moteurs » et « cisailler les réservoirs à essence » des les autres voitures, pour trouver ensuite trois cent mille francs en bons au porteur dans une 4CV et dans les autres « des pièces de monnaie anciennes », « des perles, des billets de banque, des bank-notes américaines », des timbres officiels pour « confectionner de faux passeports » et plus encore : il « y avait de tout ». Maigret n’a plus « de doute possible » : Oscar fait partie « d'une bande de professionnels supérieurement organisée », et le garage est une centrale stratégique pour le trafic illégal : « au bord de route nationale, à cinquante kilomètres de Paris, à proximité de grandes villes de province » ; encore, le garage c’est une planque sans voisins curieux, et parmi les « camions de fort tonnage » qui descendent à Paris « chargés de légumes pour les Halles », certains reviennent probablement avec des marchandises volées ou de la drogue à trier (une simple chambre à air peut avoir une valeur de cocaïne de plus de deux cent mille francs). Plus tard, quand l'aube commence à poindre, Maigret s'apprête à sortir dans le garage d'Oscar (où Jojo attend que la police le mette en détention), lorsque entende le ronronnement d'un moteur et, désormais sur la route, il voit une « torpédo quatre places » qui ne va pas plus de trente kilomètres à l'heure et qui a apparemment l'intention de s'arrêter, et c'est à partir de cette voiture qu'une « véritable pétarade », donnée par plusieurs hommes qui tirent, éclat ; Maigret, « aplati sur le sol », se redresse, « la gorge sèche, la pipe éteinte », « sûr d'avoir reconnu » Oscar « au volant » de la torpédo, qui s'était déjà éloignée « replongé dans la nuit » (à ce propos, il faut aussi savoir que Oscar a été alerté par téléphone à Paris, à trois heures du matin, par Michonnet ; et que Michonnet, encore lui, avait exploité le signal d'une pièce de sa maison avec la lumière éteinte / allumée pour signaler aux membres du gang, dans la rue ou dans le voisinage du garage, la présence / absence de problèmes de police).

Après ces événements, Maigret (avec Grandjean, son collègue de « la Brigade de la voie public » qui vient de Paris) part à la recherche de Michonnet chez lui, où il est censé avoir disparu. Il en va de même pour la disparition d'Else de la maison des Trois-Veuves (avec Maigret qui doit aussi, d'une certaine manière, consoler Carl, un protestant convaincu qui charge à son tour le commissaire de demander à Else de lire des passages de la Bible pour qu'elle puisse à son tour se consoler, l’« histoire de Job, par exemple … ») et là, en ouvrant la porte de sa chambre (où domine « une ambiance féminine à couper au couteau, à affoler un collégien et même un homme ! »), lorsque Maigret ne vit personne,  le pistolet qui a disparu de sa cachette, Maigret devient furieux, exaspéré, et s'en prend à Grandjean, qui est costaud et non coupable. Et c'est à ce moment que l'on entend « une femme qui criait » (« un cri épouvantable, un cri de mort, un hululement, une plainte de bête en détresse ») et dont l'origine n'est pas vérifiable, et, à nouveau, un coup de feu étouffé, dont l'origine est tout aussi indéchiffrable que le cri.  Alors que Michonnet était censé être cloué au lit par une « attaque de goutte » et Else enfermée dans sa chambre, après le cri de la femme et le coup de feu, la police les retrouve tous deux le mercredi matin au fond du puits à sec des Andersen, où l'un cherche désespérément à supprimer l'autre ; et ce n'est que grâce à l'intervention de Maigret, qui saute du haut (« trois mètres de profondeur ») et tombe « littéralement sur le dos de l’assureur », que les deux antagonistes parviennent enfin à être extraits du puits. Et c’est Maigret qui tonne, pour finir : « C’est fini, hein, cette comédie ! … ».

Les évènements qui viennent de se produire et les rapports entre les gens s'éclaircissent alors que Maigret réunit tout son monde chez Andersen (« dans le salon, dont les deux portes-fenêtres laissent pénétrer des bouffées de printemps ») et la vérité éclate : Else, Bertha Krull de son vrai nom, n'est pas la sœur de Carl Andersen, mais son épouse légitime ; elle sort des basfonds de Hambourg où elle se prostituait et Carl Andersen l'a recueillie à Copenhague, blessée à la suite d'une attaque à main armée et il l'a arrachée à son milieu, l'a épousée et est venu vivre avec elle en France. En tant que protestant convaincu, il tente de la convertir et d'en faire une femme convenable ; toutefois, au carrefour, la vie est monotone et Else s'ennuie, mais une opportunité de rencontre se présente rapidement : Oscar reconnait la vrai nature d’Else et elle devine l'activité d'Oscar et s'associe à lui tout en ayant pris soin de s'assurer la complicité de Michonnet qui signale aux malfaiteurs qui conduisent une voiture, avec la lumière allumée ou éteinte d'une fenêtre de sa maison, comment ils doivent se comporter (bien entendu, elle devient aussi la maîtresse des deux hommes). C'est elle qui attire Goldberg, connu à Copenhague, trafiquant à ses heures, aux Trois-Veuves et c’est Guido Ferrari, un tueur à gages à la solde d'Oscar, qui l'abat, et tout est combiné pour prendre possession de bijoux volés et, en même temps, pour accuser et se débarrasser du naïf Andersen (c'est ainsi qu'Else, interrogée, justifie auprès de Maigret sa décision d'accuser son mari Carl du meurtre d’Isaac Goldberg : « – […] Carl m’aime, c’est sûr … – Et pourtant … dit rêveusement Maigret. Alors, agressive, elle poursuivit : – Je voudrais bien vous y voir ! La solitude, tout le temps ! … Et rien que de conversations sur la bonté, sur la beauté, sur le rachat d’une âme, sur l’élévation vers le Seigneur, sur les destinées de l’homme [Carl, comme mentionné, est un protestant dévoué et pratiquant] et des leçons de maintien … ! Et, quand il partait, il m’enfermait, sous prétexte qu’il craignait pour moi la tentation … En réalité, il était jaloux comme un tigre … Et passionné donc ! … » [ch. 10]). Mais la ténacité de Maigret désarticule la bande, dont les membres sont arrêtés, condamnés et emprisonnés. Carl, retour en Danemark et est hospitalisé contre son gré par sa mère mais, après la mort de celle-ci, il a reçu un héritage et, pour être plus près d'Else, quitte la Danemark, et trouve un logement à Paris non loin du pénitencier de Saint-Lazare où l'ex-truande est enfermée pour trois longues années (pas d'extradition pour elle). Toujours il vient voir son épouse en prison, il l'aime, c'est sa femme, après tout. Il en va de même pour les femmes de Michonnet et d'Oscar qui, les jours de visite, en « amies inséparables », vont rendre visite à leurs maris au pénitencier de Melun ; pour Guido Ferrari, qui a commis beaucoup de crimes (a tué le bijoutier d'Anvers et sa femme, a tiré deux fois sur Carl Andersen et a essayé une fois de tirer sur Maigret), il y a le condamné à mort, exécuté.

Remarque(s), 2 : comme vous l'avez vu, dans ce roman, vous vous trouvez à un carrefour, et il s'agit d'un carrefour isolé au milieu de grandes étendues de la France rurale. L'action principale de ce roman se déroule autour de ce carrefour qui est situé à environ 3 km d'Arpajon (une ville du département de Seine-et-Oise, maintenant Essonne). Lorsque Maigret arrive au carrefour (comme on le voit, il arrive en taxi de Paris), il est déjà passé par Arpajon et se dirige vers Étampes. Le village voisin s'appelle Avrainville et se situe, en venant de Paris / Arpajon (la Route Nationale, N20), sur le côté gauche de la route (D26), à environ 800 m de la Route Nationale et du carrefour. Le texte permet de déterminer l'emplacement probable des différents bâtiments autour du carrefour.

Croquis de l'organisation spatiale du carrefour (Source : https://www.trussel.com/maig/carrefour-f.htm#:~:text=En%20relisant%20La%20nuit%20du,le%20n%C5%93ud%20de%20l'action).

 En venant du Nord, sur la route nationale Paris/Arpajon, la station-service avec le garage et la maison d'Oscar [rectangle marqué G], se trouve sur la droite de la route (côté Ouest), dans la direction Nord du carrefour ; à gauche se trouve la route d'Avrainville, indiquée par un panneau, où se trouve l'auberge [couleur violette], où Maigret et Lucas logent et où la femme d'Isaac Goldberg a été assassinée. La maison des Andersen [rectangle marqué A] se trouve sur la gauche (côté Est), mais au Sud du carrefour. Enfin, la maison Michonnet [rectangle marqué M] se trouve en face de la station-service (mais du côté Ouest, en direction du Sud). Dans le croquis, la ligne colorée en vert montre alors l'itinéraire de Maigret qui suit, de jour, les traces de la poursuite qu'il a faite à travers la campagne du meurtrier de la femme d'Isaac Goldberg, qui a eu lieu devant l'auberge d'Avrainville, de nuit ; on notera qu'en partant de l'auberge d'Avrainville, le commissaire se retrouve ensuite sur la Route Nationale Paris / Arpajon, devant la station-service. Cette proposition est la version de M. Wenger (v. infra) ; il en existe une autre de G. de Crook (v. infra), également basée sur une lecture du texte, où la maison des Michonnet est à la place de celle des Andersen et vice versa.


La carte est une section d'une partie des départements français de l'Essonne et de la Seine-et-Marne, d'un diamètre d'environ 30 kilomètres ; notez, au Nord-Ouest, Arpajon et Avrainville. Il est rappelé que, historiquement, Arpajon a été une importante ville de transbordement de légumes provenant des régions situées au Sud de Paris et destinés aux Halles, le célèbre marché de gros de produits frais de Paris (les Halles, construites dans les années 50 du 19ème siècle, ont été démantelées en 1971). V. http://www.trussel.com/maig/Maigret-in-France/travavr.htm. (Source : http://www.trussel.com/maig/momnui.htm).

 

 


L'emplacement du carrefour des Trois-Veuves a été identifié comme le carrefour où la route secondaire, la D26, croise la N20 principale, qui passe par Arpajon vers Étampes, Orléans et au-delà. Le village d'Avrainville se trouve à une courte distance à l'Est de la jonction, le long de la D26. [Le terme anglais Crossroad peut être traduit par carrefour]. Le plan est par Route 66, Route Europa 2000, Copyright Route 66 Geographic Information Systems BV, Ede (NL). Adaptions de G. De Croock. (Source : http://www.trussel.com/maig/Maigret-in-France/carre1.htm).

Remarque(s), 3 : l'histoire de la maison des Trois-Veuves où vivent les Andersen, qui, comme avant dit, date de la Révolution de 1789, est racontée par Lucas à Maigret lorsqu'il arrive de Paris au carrefour : il y a cinquante ans, « il paraît qu’elle était habitée par trois veuves, la mère et ses deux filles. La mère avait quatre-vingt-dix ans et était impotente. L’aînée des filles avait soixante-sept ans, l’autre soixante ans bien tassés. Trois veuves maniaques […]. La fille ainée s’est cassé la jambe et on l’a su que quand elle a été morte … Une drôle d’histoire ! … Depuis longtemps, on n’entendait plus le moindre bruit autour de la maison des Trois-Veuves … […] Le mairie d’Avrainville se décide à venir faire un tour … Il le trouve mort toutes les trois, mortes depuis dix jours au moins ! … […] Un instituteur du pays, que ce mystère a passionné […] il prétend que la fille à la jambe cassée, par haine pour sa sœur encore alerte, a empoisonné celle-ci et que la mère a été empoisonné du même coup… Elle serait morte ensuite à proximité des deux cadavres, faute de pouvoir bouger pour se nourrir ! … ».

Remarque(s), 4 : lorsque Maigret, dans le salon des Andersen, interroge pour la première fois Else, la sœur (supposée) de Carl, sur les bruits qui auraient pu être entendus lorsque le corps de Isaac Goldberg, le bijoutier anversois, a été amené dans leur garage, elle répond ainsi au commissaire : « – Vous n’avez rien entendu [pendant la nuit de samedi à dimanche] non plus ? – De particulièrement anormal, non ! Elle parlait lentement, en étrangère qui doit traduire des phrases pensées dans sa langue. Vous savez que nous sommes sur une route nationale. La circulation ne ralentit guère la nuit. Chaque jour, des camions, dès huit heures du soir, se dirigent vers les Halles et font beaucoup de bruit … Le samedi, il y a en outre les touristes qui gagnent les bords de la Loire et la Sologne … Non sommeil est entrecoupé de bruits de moteur et de freins, d’éclats de voix … Si la maison n’était si bon marché … –  Vous n’avez jamais entendu parler de Goldberg ? – Jamais … ». En effet, dans cette maison de campagne isolée qui surplombe la route principale, trois thèmes s'entremêlent : celui de la femme fatale qui attire et exploite à ses fins tous les mâles en circulation, celui du paysage agricole et de sa relative disparition dans la nouvelle société qui émerge après la Première Guerre mondiale, et celui des voitures et des moteurs. En laissant de côté pour le moment le thème de la femme fatale, dans ce roman, donc, au sein du paysage agricole composé « des champs à perte de vue » et de chevaux (et leur hennissements) qui traversant les champs « pour regagner » dans les fermes, il y a aussi un petit paysage industriel composé des « panneaux-réclame » pour des « marques d'essence », des « pompes à essence peintes en rouge», un « garage », la maison du garagiste » « édifiée rapidement dans la fièvre des affaires » et, par opposition aux chevaux (et à leur hennissement), qui ont presque disparu dans les villes dans le petit boom économique des années Vingt (v. infra), on a de nombreuses « autos qui passaient, cornaient, se croisaient, se doublaient » sur « les pavés luisant d’huile » « de la route nationale » et aussi beaucoup modèles de voitures.

Regardons ces derniers points, les machines qui passent pour le carrefour et les modèles de voitures qu’on voit, métonymie du progrès économique et sociale (il convient aussi de noter que la liste suivante est donnée pour permettre de se faire une idée générale du type de voitures présentes dans le texte, à titre d'exemple) : l'intrigue commence avec la 5CV « d'un type démodé » de Carl Andersen, à carrosserie à châssis composite (cadre en bois recouvert de tôle profilée [v. infra]) et de la « six cylindres » flambant neufs de Michonnet ; suit, dans la description, une « grosse voiture de sport, à carrosserie d’aluminium [v. infra], faisant son plein » à une pompe à essence et, dans le garage, « une camionnette de boucher » que des « mécaniciens » réparent ([ch. 1], un garage « contenant une dizaine d’autos », toutes « vielles, démodées » [ch. 3], un garage où, de nuit, « il y toujours un homme de garde, qui couche sur un lit de camp », et, si la portes est fermé, le « habitués sonnent quand ils ont besoin de quelque chose … » [ch. 3]) ; plus tard, un « voiture de corse » « à turbocompresseur », lancé à pleine vitesse, frôle (intentionnellement ?) Lucas et Maigret, qui vient d'arriver, au carrefour des Trois Veuves ; encore, sur la Route Nationale les voitures passent « à quatre-vingts à l’heure » (la vélocité maxime pour la 5CV, dix ans plus tôt, était, comme on verra, de 60 km/h) ; le taxi, qui a ramené Maigret de Paris, avant « de regagner Paris, prit de l’essence au garage » ; puis passe la voiture du travail d’un boulanger, conduite par un certain Clément, à qui Oscar, qui parlait à Maigret à ce moment-là dans la rue, dit que son « klaxon est réparé » et de « le demander à Jojo », mécanicien dans son garage (peu après, alors que le soir tombe et Maigret est seul dans le salon de la maison d'Andersen, attendant Else [v. infra], il entend « dans le silence » le meuglement d'une vache « au loin » et, en antithèse, le « vrombissement » avançant puis disparaissant d'une voiture qui passe « en trombe » sur la Route Nationale). Ensuite on a un « camion automobile » qui passe « à cinquante à l’heure avec un vacarme de ferraille agitée » ; une voiture dont le « phare brilla dans le lointain » et qui se grossit, un « vrombissement », puis une ombre rapide qui passe ; d'un camion qui passait « on ne vit plus que le petit feu rouge de l’arrière, que la nuit ne tarda pas à absorber » ; un « camion, venant d’Étampes et se dirigeant vers Paris, s’arrêta pour faire le plein [trente litres] », puis on a entendu un « bruit d’embrayage et le camion s’éloignait, abordait à soixante à l’heure la descente d’Arpajon ». Enfin, on entend le bruit d'une voiture qui arrive, et deux phares « trouaient la nuit » annoncent l'arrivée de la voiture de Mme Goldberg, une berline conduite par un chauffeur, qui, après s'être renseigné au garage d'Oscar, se dirige vers l'auberge d'Avrainville ; arrivé là, le chauffeur descend pour ouvrir la portière, Maigret s'approche pour parler à Mme Goldberg qui est en train de descendre de la berline, quand un coup de feu retentit et Mme Goldberg tombe morte sur le sol. Il faut puis savoir que Isaac Goldberg s'était rendu au carrefour dans sa « Minerva » carrossée en grand sport, avec laquelle il avait l’habitude de se déplacer et qui conduisait lui-même », voiture qui disparaît après sa mort, sans doute pour être « maquillée », « emmenée loin de la région, revendue ou abandonnée » ; encore, le « tacot » de Carl Andersen est retrouvé « abandonnée en face de la gare, à Jeumont, près de la frontière belge, et c’est la même voiture abandonnée par le voyou qui a blessé et abandonné Carl Andersen à pied, sur une autoroute, pour faire croire que ce dernier avait passé « la frontière à pied ou en train … ». Ensuite Maigret, au moment où il s'apprête à sortir dans le garage d’Oscar où il a trouvé de la drogue et d'autres biens volés, manque de recevoir une balle tirée depuis une voiture en marche, dans laquelle il reconnaît Oscar, l'« ancien boxeur », au volant d'« une torpédo quatre places » (v. infra). Et toute l'enquête est encadrée par le taxi que Maigret choisit impulsivement pour se rendre au « carrefour » (alors qu'il prend habituellement le train), la « voiture cellulaire » dans laquelle Else et le reste de la bande disparaissent finalement, et la « limousine, conduite par un chauffeur de grand style » où Carl apparaît pour la dernière fois. Le tableau suivant simplifie et résume ce qui a été dit ci-dessus pour le chapitre 1-3 :  

 

Traits distinctifs

 

CHAPITRE

LA CIVILISATION INDUSTRIELLE (LUMIÈRE, VITESSE ET BRUIT), en opposition à un mode de production encore de nature féodale, où la lenteur était le trait dominant et où les bruits de la vie paysanne étaient prédominants, tels que le meuglement d'une vache "au loin", le hennissement des chevaux, les cloches indiquant les heures liturgiques, etc.

1

LES MACHINES (OU LEURS LUMIÈRES QUE L'ON PEUT VOIR DANS LE NOIR, OU LES BRUITS QU'ELLES FONT) LORSQU'ELLES PASSENT POUR LE CARREFOUR OU À PROXIMITÉ1

LES MODÈLES ET LA TYPOLOGIE DES VOITURES QU’ON VOIT OU QU’ON ENTENDE (ET QU'ILS PEUVENT ÉGALEMENT PASSER PAR LE CARREFOUR)1

 

[Une « Minerva carrossée en grand sport »]2

 

Une 5CV « d'un type démodé »

Voitures qui passent sur la Route Nationale « à quatre-vingts à l’heure »

Une « six cylindres » flambant neufs

 

« Grosse voiture de sport, à carrosserie d’aluminium »

« Une camionnette de boucher »

 

Un « voiture de corse » « à turbocompresseur »

Le taxi de Maigret

2

Le « vrombissement » avançant puis disparaissant d'une voiture qui passe « en trombe » sur la Route Nationale

« Une voiture de boulanger »

 

3

Un camion passe à 50 km/h avec « un vacarme de ferraille agitée »

 

« Un phare brilla dans le lointain, grossit. Un vrombissement. Une ombre passa »

Le garage d’Oscar « contenant une dizaine d’autos », toutes « vielles, démodées »

D'un camion qui passait « on ne vit plus que le petit feu rouge de l’arrière, que la nuit ne tarda pas à absorber »

 

Un « camion, venant d’Étampes et se dirigeant vers Paris, s’arrêta pour faire le plein [trente litres] », puis on a entendu un « bruit d’embrayage et le camion s’éloignait, abordait à soixante à l’heure la descente d’Arpajon »

 

 

On entend le bruit d'une voiture qui arrive, et deux phares « trouaient la nuit » annoncent l'arrivée de la voiture de Mme Goldberg, une berline conduite par un chauffeur

 1 Les notes suivantes (sauf la première) obéissent à l'ordre chronologique de la mimésis, les deux colonnes doivent donc être lues simultanément dans l'ordre de présentation.

2   Du point de vue temporel de la diégèse, c'est le premier modèle de voiture qui passe par le carrefour des Trois-Veuves.

 Remarque(s), 5 : le Carrefour de Trois-Veuves, comme vue, c'est un lieu de transition, de va-et-vient constant, non seulement durant le jour, mais avant tout nocturne : comme dit Else, interrogé par Maigret, la « circulation ne ralentit guère la nuit. Chaque jour, des camions, dès huit heures du soir, se dirigent vers les Halles et font beaucoup de bruit ... Le samedi, il y a en outre les touristes qui gagnent les bords de la Loire et de la Sologne … Notre sommeil est entrecoupé de bruits de moteur et de freins, d’éclats de voix… » [ch. 2]. Et il faut dire aussi que la boutique d’Oscar reste, si elle n'est pas ouverte la nuit, à la disposition de ses clients sur la Route Nationale : « il y toujours un homme de garde, qui couche sur un lit de camp. La porte est fermée … Les habitués sonnent quand ils ont besoin de quelque chose… » [ch. 3]. Dans ce roman, donc, il y a un trafic nocturne de camions et de voitures en transit à travers Paris du début à la fin : voitures (comme déjà indiqué) de luxe, à bon marché, volés, endommagés, achetés à crédit, il y a de camions, de pneus de rechange et autres camions encore.  Dans presque chaque chapitre, le passage des autos et des camions est décrit en faisant référence à une description nocturne, leurs phares et leurs feux arrière, le bruit qu'ils font et montre un monde dans lequel les agriculteurs se lèvent encore tôt pour traire les vaches, mais qui devient de plus en plus axé sur les voitures et vers le transport routier (« qui font les Halles » et retour parce que sommes dans « le pays des primeurs et surtout des cressonnières », par exemple) avec des camions et encore des camions et orienté vers l'utilisation continue, sans arrêt, de carburants (voir les distributeurs de carburant d'Oscar sur la Route Nationale, le cinq pompes à essence peint en rouge). Encore, il y a le rôle du noir et des ténèbres : et en effet la plupart de l'action des personnages au carrefour se déroule dans l'obscurité : dans le roman il y a donc l'invention d'un paysage nocturne, résonnant du bruit des voitures, balayé par les phares des camions et des autos qui interrompent l'obscurité profonde et le sommeil des paysans qui sont dans le noirceur absolu de la campagne endormie, par les gens qui s'arrêtent pour faire le plein au Carrefour de Trois Veuves, repartent et s'enfoncent dans l'obscurité de la nuit.

Nota bene : le roman est plongé dans une atmosphère nocturne qui l'allie au modernisme littéraire de l'époque. En mode descriptif, Simenon dépasse encore le fonctionnalisme de son genre de prédilection en employant une grammaire visuelle issue de la photographie et du cinéma moderniste de l'entre-deux-guerres.

Remarque(s), 6 : voici une longue citation du chapitre II du roman, celui où Simenon présente simultanément l’épiphanie d’Else dans ses jeu de scène et de son pouvoir de séduction envers les mâles, du comportement servile vers elle de Carl, du ravissement et du « malaise » par laquelle Maigret est frappé lorsqu'il la contemple, avec le désarroi et avec le déséquilibre émotionnel que ce dernier a du mal à maîtriser (nous sommes dans la maison des Trois-Veuves, dans le salon des Andersen, alors que tout autour de nous s’entende le silence et que la lumière du jour décline à l'approche du soir) : « Elle s’avançait, les contours indécis dans la demi-obscurité. Elle s’avançait comme la vedette d’un film ou, mieux, comme la femme idéale dans un rêve d’adolescent. Sa robe était-elle de velours noir ? Toujours est-il qu’elle était plus sombre que tout le reste, qu’elle faisait une tache profonde, somptueuse. Et le peu de lumière éparse dans l’air se concentrait sur ses cheveux blonds et légers, sur le visage mat. –  On me dit que vous désirez me parler, commissaire … Mais veuillez d’abord vous asseoir … Son accent [on verra qu'Else n'est pas danoise comme Carl, mais allemande] était plus prononcé que celui de Carl. La voix chantait, baissait sur la dernière syllabe des mots. Et son frère se tenait près d’elle comme un esclave se tient auprès d’une souveraine qu’il a la charge de protéger. Elle fit quelques pas et, seulement quand elle fut très proche, Maigret s’avisa qu’elle était aussi grande que Carl. Des hanches étroites accusaient encore l’élan de sa silhouette. Une cigarette ! … dit-elle en se tournant vers son frère. Il s’empressa, troublé, maladroit. Elle fit jaillir la flamme d’un briquet qu’elle prit sur un meuble et, un instant, le rouge du feu combattit le bleu sombre de ses yeux. Après, l’obscurité fut plus sensible, si sensible que le commissaire, mal à l’aise, chercha un commutateur, n’en trouva pas, murmura : – Puis-je vous demander de faire de la lumière ? Il avait besoin de tout son aplomb. Cette scène avait un caractère trop théâtral à son gré. Théâtral ? trop sourd, plutôt, comme le parfum qui envahissait la pièce depuis qu’Else y trouvait. Trop étranger surtout à la vie de tous les jours ! Peut-être trop étranger tout court ! Cet accent … Cette correction absolue de Carl et de son monocle noir … Ce mélange de somptuosité et de vieilleries écœurantes … Jusqu’à la robe d’Else, qui n’était pas une robe comme en voit dans la rue, ni au théâtre, ni dans le monde … A quoi cela tenait-il ? Sans doute à sa façon de la porter. Car la coupe était simple. Le tissu moulait le corps, enserrait même le cou, ne laissant paraitre que le visage et les mains … » (ch. II). Suit dans le texte, avant l'inspection de la maison par Maigret accompagné seulement de Carl, l'évaluation du salon d'Andersen comme traduction de l'état d'esprit du commissaire, comme l'expression d'un « malaise » dont celui-ci pressent l'origine (qui est pour nous identifiable à la « note discordante » incarnée par Else), mais qu'il ne peut rationnellement expliquer : « Dans le salon […] parmi les vieux meubles, des dos de livres étrangers, des mots qui Maigret ne comprenait pas. Et ces deux étrangers, le frère et la sœur, celle-ci, surtout, qui jetait une note discordante …  Une note trop voluptueuse, trop lascive ? Pourtant, elle n’était pas provocante. Elle restait simple dans ses gestes, dans ses attitudes … Mais d’une simplicité qui n’était pas celle qu’eût le décor. Le commissaire eût mieux compris les trois vieilles et leurs passions monstrueuses ! [v. supra] » (ch. 2). Dans ladite inspection de la maison des Trois Veuves suit la description de la chambre à coucher d'Else, qui suit peu après dans le texte, qui est une chambre que Carl (qui a toujours opposé une résistance à Maigret concernant la vie de sa sœur) tente de ne pas laisser voir au commissaire et qui donne la finesse de la touche finale à la description de la femme fatale (la chambre d’Else est presque une alcôve, la « note discordante » qu’indique ici la volupté et la lascivité d’une femme) : « – La chambre de ma sœur … Mais il ne l’ouvrit pas. Il se rembrunit tandis que Maigret tournait le bouton, poussait l’huis. Andersen tenait toujours la lampe [à pétrole] et il évita de s’approcher avec la lumière. Le parfum était si compact qu’il prenait à la gorge. Toute la maison était sans style, sans ordre, sans luxe. Un campement, où l’on usait de vieux restes. Mais là [en un point précis du couloir], le commissaire devina, dans le clair-obscur, comme un oasis chaud et moelleux. On ne voyait pas le parquet, couvert de peaux de bêtes, entre autres d’une splendide dépouillé de tigre qui servait de descente du lit. Celui-était d’ébène, couvert de velours noir. Sur ce velours, du linge de soie chiffonné. Insensiblement, Andersen s’éloignait avec la lampe dans le corridors et Maigret le suivit » (ch. II). Nous terminons la citation, après que Maigret a inspecté toute la maison, avec Carl et le commissaire qui reviennent dans le salon où Else les a attendus : « ils descendait l’un derrière l’autre dans la lumière dansante de la lampe à pétrole. Au salon, le point rouge d’une cigarette restait la seule lueur. A mesure qu’Andersen avancé, la lumière envahit la pièce. On vit Else, à demi étendue dans un fauteuil, le regard indifférent braqué vers les deux hommes. […] Maigret n’arrivait pas à préciser l’origine de son malaise. L’atmosphère était tout ensemble intime et désordonnée. De grand fleurs aux pétales violacés s’épanouissaient sur le chevalet [est le dessin d'un tissu d'ameublement peint par Carl pour le travail] » (ch. II).

Remarque(s), 7 : Else, tout à fait définie par Oscar comme « excitante », et, parlant entre mâles (lui et Maigret), par lui classée comme « un beau cadeau à faire à un homme », est donc la femme séductrice qui représente, ou plutôt, incarne, les désirs, les appétits charnels des mâles en circulation, y compris (comme nous le verrons) Maigret. Else est « l’origine de son [de Maigret] malaise » et, en effet, c'est son rôle qui, en dehors de l'intrigue d'investigation du genre, domine dans ce roman, parce que seulement merci à elle nous pouvons apercevoir et discerner le conatus du commissaire. Le terme conatus [du latin conatus -us, dérivé de conari, « essayer », « tenter »] exprime l'action non pas dans l'acte de l'exécuter, mais dans le moment où le sujet se prépare à l'exécuter, ce qui remande à un terme, conatif, qui dérive aussi lui du conari : à savoir, la volonté, l'effort, la tentative d'accomplir une action. Par exemple : Else essaie d'amener Maigret à adopter un certain comportement, ce qui provoque, chez Maigret, une activation (dans sa conscience de la réalité autour de lui), d’une volition ou d’un désir, et, par conséquent, d’un comportement qui peut se manifester comme la tentative d'effectuer une action. Activation qui peut tendre vers un désir avec un fin égoïste et hautement gratifiante, en fait à la posséder charnellement, physiquement (comme tous les mâles autour voudraient le faire) ; ou qu'il peut s'agir d'une activation non dirigée vers un but égoïste, mais biologique, de la mettre (avec égale gratification), enceinte, gravide, plein de sa semence et de l'enfant qu'il désire et qu'il n'a jamais eu … Mais nous savons que la chasteté de Maigret à sa femme est indiscutable, donc que, avec la dernière inférence sur la tentative d'accomplir une action tendant vers un but biologique, est en jeu une conjecture très forcée qui ne s'inscrit pas dans la narration d’Else dépeint par Simenon dans ce roman, comment pour dire que cette dernière déduction peut être lu, seulement si vous voulez, comme la subsistance dans son cerveau, malgré sa chasteté hors de la famille indiscutable, d’une inconsciente rationes seminales, locution latine qui traduit λόγοι σπερματικοί et par laquelle certains anciens indiquaient les principes vitaux des choses qui garantissent la continuité de toutes l'espèce. Or, à ce propos, et pour légitimer une conjecture très forcée, lisez le fragment suivant qui montre comment une rationes seminales peut être produite chez Maigret, une rationes seminales perçue et subie inconsciemment, malgré lui, comme une pluralité des pulsions conflictuels non nommées (sur le concept de pulsion, voir ci-dessous) : « [prémisse : Maigret s'est introduit de manière clandestine, « en fraude », comme dira Else dans la résidence des Andersen grâce à un passe-partout] Une voix féminine s’éleva. – C’est toi ? …  [Else pense s'adresser à Carl]). Il [Maigret] hésita à répondre. Il ne voyait pas celle qui parlait. La voix venait de la chambre d’Else, dont la porte était close. – C’est moi … finit-il par articuler aussi confusément que possible. Un silence assez long. Puis soudain : – Qui est là ? … Il était trop tard pour tricher. – Le commissaire, qui est déjà venu hier … Je serais désireux de vous dire quelques mots, mademoiselle … Un silence encore. Maigret essayait de deviner ce qu’elle pouvait bien faire de l’autre côté de cette porte que soulignait un mince filet de soleil. – Je vous écoute … dit-elle enfin. – Vous seriez aimable de m’ouvrir la porte … Si vous n’êtes pas habillée, je puis attendre … Toujours ces silences crispants. Un petit rire. – Vous me demandez une chose difficile, commissaire ! – Pourquoi ? – Parce que je suis enfermée … Il faudra donc que vous me parliez sans me voir …  – Qui vous a enfermée ? – Mon frère Carl … C’est moi qui le lui demande quand il sort, tant j’ai peur des rôdeurs … Maigret ne dit rien, tira son passe-partout de sa poche et l’introduisit sans bruit dans la serrure. Sa gorge se serrait un peu. Peut-être des pensées troubles lui passaient par la tête ? » (ch. 4). Or, « trouble » est étymologiquement et sémantiquement lié à tŭrbĭdus, dérivé du turba, un terme signifiant « confusion », « désordre » ; à tel point que le syntagme « pensées troubles » peut être lu (même si c'est dans le texte avec un point d'interrogation) comme la possible irruption des pulsions liées à Else (à son corps comme source pulsionnelles) qui apportent des perturbations ; et on voit que cette irruption est (dans le texte) égale à un état d'excitation somatique, a un automatisme tel que le serrement de la gorge, qui signale une perturbation liée à un état de tension ; encore, pulsions que, à la recherche de leurs objets pour satisfaire et supprimer le dit état de tension produit da la source pulsionnelle, entraînent de la confusion dans l'équilibre désormais réglé de la vie pulsionnelle du commissaire. C'est-à-dire, donc, que les « pensées troubles » ils peuvent être traduits comme le signal avertisseur d'un désordre possible et imminent dans l'ordre statique de l’organisation sanctifié de l'éthique matrimoniale de Maigret, c'est-à-dire (encore et si l'interprétation est considérée comme valide) l'irruption primordial des plusieurs pulsions liées aux citées plus haut rationes seminales. Et dire que Maigret, encore maître de ses pulsions, avait dit à Else : « Si vous n'êtes pas habillée, je puis attendre … ». Mais, comme vu, empêché de parler à Else sauf avec la porte fermée, sans pouvoir voire son corps, au lieu d'attendre pour ouvrir la porte (avec son passe-partout) comme l'indique l'étiquette et son rôle, c'est en action un Maigret muet, non plus attentif à les règles du monde social et non plus maître de ses pulsions, qui ouvre soudain et détermine, en silence, la porte ; toutefois, dans un moment de suspension de ses « pensées troubles » et de l'action (« il ne poussa pas l’huis »), de récupération de la maîtrise de soi et des règles du monde social, « quand le pêne joua », lui enfin redécouvre la parole et annonce à Else qu'il était sur le point d'entrer : et ses pulsions, au lieu d'être assouvi par la possession du corps d'Else (par la suppression de l’état de tension dû à la source pulsionnelle), doivent être répresse à la racine (opération possible ?), refoulé au nom de la socialisation imposée par le fait d'être adulte et marié et par son rôle du commissaire dans la société.

Un résumé de la description d'Else dans le premier mouvement suit, après l'entrée annoncée du commissaire dans la chambre, pour souligner les stratégies de séduction de cette femme vers un mâle qui est « entre deux âges » ; se rappelle que la scène se déroule dans une chambre (déjà mentionnée dans le cours du roman) imprégnée « du parfum sourd [de la jeune femme] », avec « du linge de soie jeté sur une bergère », avec Else « couchée, blottie plutôt sur le divan bas » en « velours noir », vêtue « en peignoir grenat » qui s'ouvre souvent au gré de ses mouvements, « balançant une mule au bout de son pied nu », et où l'on consomme, dans une « bol de porcelaine » posée sur une « guéridon de laque », « une cigarette orientale » (turque, pour être précis). Il pourrait s'agir de l'endroit où vit une prostituée, mais le commissaire (qui c’est « assis dans une bergère », qui détourne la tête chaque fois qu'Else le fixe parce qu'il « n’arrivait pas à s’accoutumer à ce regard-là » et qui est mal à l'aise dans cette conversation dans l’intimité « de leur tête-à-tête ») suspend son jugement parce qu'il sait par expérience que « dans la société qui hante les palaces », il y a souvent « de fastueuses étrangers » que seul « un petit-bourgeois » pourrait prendre « pour des grues » en raison de leurs vêtements et de leur comportement ; de plus, Elsa, en réponse à une question de Maigret sur le lieu où elle et son frère ont vécu, raconte qu'elle est une aristocrate danoise, maintenant sans « fortune », qui a vécu dans « un grand château des bords de la Baltique » et qu'elle est actuellement en exil avec son frère qui « était destiné à devenir un haut dignitaire de la cour » et qui préfère présentement vivre, parce que sans richesse, dans la solitude.

Cela dit, voici le résumé promis ci-dessus (ch. 5) du premier mouvement :

 

Scènes de séduction1

Description d'Else

1

« Une de ses épaules sortit du peignoir qu’elle remonta. »

2

« […] soupira en bombant la poitrine, ce qui échancra son corsage. »

3

« […] croisa les jambes, les décroisa […] »

4

« […] se leva, montrant un instant entre les pans du peignoir un éclair de chair. »

5

« Elle eut un sourire où il y avait malgré tout de la coquetterie, sinon un rien de provocation »2

6

« Elle lui tendait la main et, dans ce geste, le peignoir, un fois de plus, s’entrouvrait »

1 On lit, à propos de ces scènes de séduction, ce constat : « Dans la chambre parfumée, couchée comme elle l’était, en peignoir, balançant une mule au bout de son pied nu, et Maigret, entre deux âges, le visage un peu rouge, le melon posé par terre … N’était-ce pas une estampe pour la Vie Parisienne ? » [La Vie parisienne est un magazine culturel français illustré créé en 1863 qui, après un changement de propriétaire en 1905, s'adresse de plus en plus à un public masculin, laissant place à des illustrations légèrement érotiques]

2 Else a dit à Maigret ce que son frère pourrait mal comprendre la question en les trouvant si intimes (« S’il vous trouve ici, Dieu sait ce qu’il pensera … »), puis sourit en l'évoquant. Encore, Else avait auparavant déclaré, faisant référence au fait que son frère pouvait le trouver en entrant (et dans une pièce qui aurait dû être fermée à clé) : « […] mon frère fera un drôle de tète en rentrant … Il est plus terrible qu’une mère … Plus terrible qu’un amant jaloux ! … C’est lui qui veille sur moi et vous vous rendez compte qu’il prend son rôle au sérieux … ».

Remarque(s), 8 :  au passage, rappelons que Maigret entre une seconde fois (deuxième mouvement) dans la chambre d'Else, toujours à l'aide d'un passe-partout (c'est Elsa, qui n'est plus en robe de chambre, qui lui dit en riant qu'il connaît déjà « la manœuvre pour entrer »). C'est aussi le prétexte narratif, pour Simenon, de décrire une nouvelle fois (de réaffirmer) les capacités de séduction d'Else. Nous reproduisons cette description : « Elle rit. Un rire franc, perlé. Et, plus que jamais, elle était parée de ce que les cinéastes américains nomment le sex appeal. Car une femme peut être belle et être pas séduisante. D’autres, aux traits moins purs, éveillent sûrement le désir ou une nostalgie sentimentale. Else provoquait les deux. Elle était à la fois femme et enfante. L’atmosphère, autour d’elle, était voluptueuse. Et pourtant, quand elle regardait quelqu’un dans les yeux, on était surpris de lui voir des prunelles limpides de petite fille » (ch. 5).

Remarque(s), 9 :  or, il y a un troisième mouvement dans laquelle Else est en « son peignoir du matin », toujours dans sa chambre, où se déroule une scène qui n'est pas séduisante comme la première [v. supra], mais qui permet à Maigret d'apercevoir un sein « petit et rond » et d'initier, au lieu d'une séduction, une série de questions à Else auxquelles celle-ci, brûlante de confusion, est obligée de mentir (comme nous le verrons plus loin). Cette scène est reproduite ci-dessous (on répète qu'elle s'écarte du thème de la séduction dont il était question précédemment) : « Elle se pencha dans un mouvement souple de tout le corps, pour laisser tomber la cendre de sa cigarette dans le bol de porcelaine placé sur le guéridon. Le peignoir s’écarta, comme le matin. Un instant, un sein fut visible, petit et rond. Ce fut qu’éclair. Et pourtant Maigret avait eu le temps de distinguer une cicatrice dont la vue lui fit froncer les sourcils. Vous avez été blessé, autrefois ! … – Que voulez-vous dire ? Elle avait rougi. Elle ramenait instinctivement sur sa poitrine les pans du peignoir. – Vous portez une cicatrice au sein droit … Sa confusion fut extrême. – Excusez-moi … dit-elle. Ici, j’ai l’habitude de vivre fort peu vêtue … Je ne croyais pas … Quant à cette cicatrice … […] » (ch. 6). Et elle commence un mensonge dans lequel la faute est attribuée à son frère Carl, une blessure qui se serait produite pendant qu'ils vivaient dans le château au Danemark. Else, par conséquent de ces mensonges, à présent n'est pas toujours décrite comme un objet de séduction tel qu'est mentionné ci-dessus ; et en effet, après ce mensonge d'Else, il arrive que Maigret cesse de la croire et la traite non plus en position de dépendance, mais avec une brutalité et une supériorité typiquement masculine (et avec des traits de misogynie) qui suit l'ordre du climax ascendant. Tout, comme nous verrons, commence après que Maigret a découvert qu'un tableau (« un paysage de neige »), qu'il avait auparavant considéré comme tordu, a été redressé, et que ce tableau recouvre « l’absence de deux briques » dans le mur, un trou qui renferme « un revolver automatique chargé de ses six balles, une boîte de cartouches, une clef, et un flacon de véronal » qui est manquant de « la moitié de pastilles » ; découvre, encore, que la dit clef s’adapte « parfaitement » « dans la serrure » de la chambre da lit d’Else. Comme le dit Lucas à Maigret, Else est une de ces « femmes qui mentent comme elle respirent ». En effet, l'histoire qu'Else concocte pour justifier la découverte de la clé (et plus) derrière le tableau mélange de manière très cohérente différentes informations, toutes inventées avec habileté sur place, ce qui donne raison à Lucas ; et sont des informations, il faut le savoir, qui mènent à la description, soutenue par elle tout au long de ses conversations avec Maigret, d'un Carl coupable du meurtre d’Isaac Goldberg. Or, ces informations sont considérées par le commissaire (qui a eu affaire à Carl Andersen pendant dix-sept « heures de grilling » et l'a correctement évalué) comme des mensonges flagrants, à tel point qu'à la fin, il l'interrompt et lui demande : « – C’est tout ? » [0] ; la « brutalité de cette question » amène Else, « surprise », à lui dire : « – Vous ne me croyez pas ? » : à ce moment-là, Maigret ne se soucie pas de répondre à Else et ouvre la fenêtre de sa chambre, avec l'ouverture de laquelle commence réellement sa brutalité. Else demande à Maigret de fermer la fenêtre, puis continue le discours entrecoupé de mensonges, après quoi il lui dit : « – Je vous prie de vous taire ! » [1] ; Else lui dit alors : « – Puisque je vous dis que j’ai froid … » et il réponde : « – Couvrez-vous ! » [2] et elle, déplaçant le problème de sa crédibilité vers le froid, dit : « – Vous ne me croyez pas ? … » avec laquelle il l'apostrophe : « – Silence, sacrebleu ! » [3]. Mais elle continue imperturbable : « – Moi qui avais confiance en vous ! … » [lire : de mes capacités de séduction]. La réponse est misogyne : « – Est-ce que, oui ou non, vous allez vous taire ? » [4], ce à quoi elle répond : « – J'ai faim ... » ; Maigret, qui regardait par la fenêtre, se retourne et la regarde fixement d'un air sombre, « avec colère », et lui répond : « – Allez chercher à manger ! » [5]. Mais ensuite, lorsqu'elle lui dit qu'elle craint de quitter la chambre, il descend à la cuisine et lui prépare « un reste de viande froide, de pain et une bouteille de bière entamée » et l'apporte dans sa chambre, en l'entendant répondre, comme si elle était un enfant : « –Vous êtes méchant avec moi, commissaire ... » et peu après, il poursuit : « – Vous m’en voulez de vous avoir dit la vérité ? » [sic] ; puis, après avoir un peu mangé et bu, il lui demande à nouveau de fermer la fenêtre, et Maigret la ferme « soudain, avec humeur » et l’examine « des pieds à la tête, en homme qui va se fâcher » [6]. La liste de [0] à [6] obéit, comme dit, à un climax ascendant.

Et n'oubliez pas que toutes les scènes et les mouvements décrites ici, y compris la remarque précédente, se déroulent au cours d'une même journée ([mardi] matin, après-midi, soir).

Remarque(s), 10 : dans le premier et deuxième mouvement sont dominant la séduction d’Else sur un Maigret victime de sa séduction ; dans le troisième mouvement on a Else qui a perdu sa capacité de séduction et un renversement de Maigret qui change son jugement sur Else (on a l'épitomé de cela dès que Lucas dit à Maigret : « Je l’ai laissé [Else] dans sa chambre … Elle est très abattue [pour la question de Carl blessé] … » « – Sans blague ! répond Maigret avec une ironie inattendue. » [ch. 8]). Dans le quatrième mouvement, c’est le mercredi, il y a un retour au premier mouvement, c'est-à-dire au jeux séductrice/séduit, mais modéré par le fait que ces jeux sont désormais des cartes ouvertes, désexualisé : Else, désormais reconnue coupable, s'il séduit Maigret, il le fait selon une nature inconsciente, sans mentir, comme s'il s'agissait d'une seconde nature (« Elle rit, car, malgré tout, Maigret, surtout quand elle s’approcha de lui pour allumer sa cigarette, était un peu troublé par ce qu’elle parvenait à mettre de sourd érotisme dans l’atmosphère), et Maigret est donc un complice de cette séduction averti. Tant, que nous pouvons parler de nouvelle camaraderie entre Else et Maigret : « Quant à Else, elle regardait Maigret d’un air complice. Est-ce qu’il ne s’étaient pas bien compris tous les deux ? » (ch. 10).

Reprenons les fils : Else est maintenant sortie du puits (où elle était également entrée, « transportée de force » par Michonnet, pour se venger de l'empoisonnement de la bière par l’assureur, [v. supra]), elle se nettoie et s'habille, fait « un bout de toilette », pour être interrogée par Maigret avec les autres (et il est à noter que le corps d'Elsa, contrairement à celui de Carl qui, par exemple, souffre d'une déformation permanente de l'épaule due à la balle qui l'a blessé, n'est jamais défiguré, tout au plus l'est-il au niveau de la bienséance vestimentaire, comme c'est le cas ici où ses vêtements sont souillés : Else, hissée hors du puits « à bout de bras » par Maigret, « était sale, avec sa robe de velours noirs couverte de grand plaques de mousse verdâtre », ch. 9). De plus, Maigret a encore changé d'avis et il n'est plus en mesure de porter un jugement clair sur elle (« L’observa et à cet instant il eût été bien en peine de porter un jugement sur elle ») ainsi comme il l'a fait dans le troisième mouvement. Nous reproduisons ci-dessous le fragment qui montre ce qui est énoncé ci-dessus sur le nouveau rapport entre Else et Maigret : « Entrez ! vous ne me gênez pas ! … C’était la même chambre, là-haut, avec le divan noir, le parfume obstiné, la cachette derrière l’aquarelle. C’était la même femme. – […] Vous pouvez fumer votre pipe … Elle versa de l’eau dans la cuvette, retira tranquillement sa robe, comme si c’eût été la chose la plus naturelle du monde, et resta en combinaison, sans pudeur ni provocation. Maigret pensait à sa première visite dans la maison des Trois-Veuves, à l’Else énigmatique et distante comme une vamp de cinéma, à cette atmosphère trouble et énervante dont elle parvenait à s’entourer. Était-elle assez jeune fille perverse quand elle parlait du château de ses parents, des nurses et de gouvernantes, du rigorisme de son père ? C’était fini ! Un geste était plus éloquent que tous les mots : cette façon d’enlever sa robe, de se regarder maintenant dans la glace avant de se passer de l’eau sur le visage. C’était la fille, simple et vulgaire, saine et rouée. – Avouez que vous avez marché ! Pas longtemps ! … Elle s’essuya le visage du coin d’une serviette éponge. – Vous vous vantez … Hier encore, quand vous étiez ici et que je vous laissais apercevoir un sein, vous aviez la gorge sèche, le front moite, en bon gros que vous êtes … Maintenant, bien sûr que ça ne vous fait plus rien … Et pourtant, je ne suis pas plus moche … Elle cambrait les reins, prenait plaisir à regarder son corps souple, à peine voilé. – Entre nous, qu’est-ce qui vous a mis la puce à l’oreille ? J’ai commis une faute ? – Plusieurs … – Lesquelles ? – Celle, par exemple, de parler un peu trop de château et de parc … Quand on habite vraiment un château, on dit plutôt la maison, ou la propriété … » (ch. 9).

Remarque(s), 11 : maintenant que la parabole de la relation entre Else et Maigret a été décrite dans ses quatre mouvements (des mouvements qui occupent un large espace textuel dans le roman et qui indiquent, au passage, que le plus important pour Maigret n'est pas tant de découvrir qui a tué qui, mais de percer l'intention secrète qui dirige toutes les actions d'Else), nous pouvons ici aborder la partie, qui concerne non sa misogynie envers la femme beau et maléfique, mais son désir pour la femme bénéfique et appétible en tant qu'archétype ; et ne pas justifier cette prédisposition pour la femme sans un charme ambigu serait, comme quelqu'un l'a dit, oublier que, malgré son indéniable chasteté, il n'en est pas moins mâle et que l’instable paix du corps n'implique pas nécessairement la paix de la conscience et des pulsions qui circulent inconsciemment partout (et, comme Else l'a montré [v. supra], ses pulsions sont assez souvent dirigées vers le sein que son regard fréquemment colonise dans ses enquêtes, plus particulièrement à une certaine beauté du sein auxquels Maigret est toujours attentif). En effet, il faut supposer que, la sexualité conjugale de Maigret est adulte et génitale (et le fait que Mme Maigret, née Louise Léonard, soit tombée enceinte en est la preuve [v. infra] ; ce qui implique que la sexualité est présente dans la série, bien que non dite, tant que le rigor penis lui permettra d'accomplir ses devoirs conjugaux) et qu'elle, en tant que sexualité génitale, est primaire par rapport aux déséquilibres du corps (qui sont éventuelles et secondaires), il n'en reste pas moins que ces déséquilibres existent. Ainsi, lorsqu'on parle de la paix instable du corps de Maigret, il est implicite dans le discours que ces déséquilibres sont toujours des phénomènes temporaires et qu'ils ne remettent nullement en cause la sexualité réelle (voire présumée) du commissaire.

Or, beaucoup prétendent que ce désir temporaire de Maigret (ce qu'on a appelé ici son conatus, v. supra), ce déséquilibre du corps qui est secondaire, relève du domaine du paraphilique (en se référant à des pratiques sexuelles non pathologiques qui s'écartent des pratiques sexuelles dominantes) et est classable en matière de scopophilie. À ce stade, avant de poursuivre, il est nécessaire de chercher quand même à expliquer le concept de pulsion, qui est crucial pour la compréhension de la dit scopophilie. Le terme pulsion est la traduction du terme allemand Trieb, terme utilisé par Freud dans ses travaux théoriques et qui entretient un lien sémantique avec le verbe treiben, pousser, à tel point que lorsque l'on parle de pulsion, on parle en fait d'une force interne présente dans un corps qui pousse vers un objectif, une poussée irrépressible et qui sous-tend le fonctionnement de l'appareil psychique du corps qui accueille ce processus dynamique. Ce processus a donc à sa base une source pulsionnelle (Triebquelle) dont le but n'est atteint que lorsque l'état de tension qui provoque la pulsion (un état d'excitation motrice) est éliminé ou résolu par la pulsion elle-même avec l'atteinte de l'objet (Objekt ; terme à comprendre dans un sens affectif et non comme une chose), l'objet étant alors celui dans lequel ou avec lequel la pulsion peut atteindre son but (Ziel) : comme pour dire que le but, merci à l’objet, est l'activité à laquelle la pulsion (générée par la source) conduit à une résolution de la tension interne du corps avec l’assouvissement. Il faut également rappeler qu'il existe aussi le terme de pulsion partielle (Partialtrieb), qui est lié à l'évolution génétique et structurelle des pulsions sexuelles (Sexualtrieb) d'un individu, fonctionnant d'abord de manière indépendante et anarchique (dans la sexualité prégénitale comme perversion polymorphe, présente jusqu'au moment de la puberté) et se liant ensuite à différentes organisations qui concernent la libido (dans la sexualité génitale désormais acquise). Par libido, nous entendons une énergie quantitative (qui peut croître, décroître, se distribuer, se déplacer, s'organiser, etc.) postulée par Freud comme substrat des transformations possibles de la pulsion sexuelle (ses poussées). La pulsion sexuelle peut alors concerner l'objet (et on parle de déplacement des investissements), le but (par exemple, avec la sublimation) et la source de l'excitation sexuelle (avec la diversité des zones érogènes [erogene Zone] : yeux, bouche, seins, pénis, vagin, anus etc.).

Pour tenter d'expliquer ce qu'est la scopophilie, il est puis important de savoir qu'elle affecte et fait référence au concept de plaisir de voir (Schaulust) et à l’envie de voir, au pulsion de voir (Schautrieb) ; et la Schaulust, et la Schautrieb ne serait rien d'autre que des pulsions partielles innée (angeboren) au processus infantile de formation de la personnalité (qui commence à s'organiser lorsque les pulsions partielles cessent lentement d'être anarchiques et polymorphes dans la puberté) ; des pulsions partielles (qui, comme dit, ne sont pas encore orientée vers la génitalité et ses zone érogène) qui se manifestent avec la découverte par les enfants des différences génitales présentes dans les diverses anatomies auxquelles il doit faire face. Des différences génitales perçues qui se mêlent aux ne pas savoir [on appelle Wisstrieb la pulsion de savoir], de ne pas pouvoir savoir sans la Schautrieb quelle est la différence qui marque les anatomies féminin / masculin. Qu'est-ce qui, enfin et en simplifiant, oriente sur les différentes anatomies la pulsion de voir, ou pulsion scopique (skopischen Trieb), innée de l'enfant pour satisfaire la curiosité, le désir de regarder et l’envie de voir, ouvertement ou secrètement ; et, finalement, entre l’enfance et la puberté, après avoir définitivement invalidé la croyance masculine infantile selon laquelle tous les êtres humains ont un pénis, finalement de savoir en commençant à désirer l’objet de son enquête (y compris plus tard la réacquisition d’une propre personnalité et d’une propre autonomie dans les camps des différences / des égalités anatomiques).

Or, on dit que si cette évolution de la formation de la personnalité e de l’autonomie après la puberté ne se traduit pas factuellement avec un choix objectal (Objektwahl) faisant référence (selon la psychanalyse) à le champ du primat d’une relation génitale comme but pulsionnel (Triebziel), alors apparaît le phénomène névrotique du voyeurisme ou d’exhibitionnisme, termes entre leur opposé et qui son connotées dans le langage quotidien comme négative (ceci en contraste avec le terme scopophilie (Skopophilie), aussi classifie avec le syntagme  pulsion scopique, qui se veut scientifiquement neutres et qui est classé, comme dit, entre les paraphilies, mais non à un trouble mental de type paraphilique). Maigret, en résumé, est donc un homme qui présente un ordre de génitalité adulte et hétérosexuel après la puberté, ordre qui se mêle parfois à des traits scopophiles, sans en éroder sa structure primaire.

Sur la scopophilie dans les livres de la saga Maigret (un univers narratif où de dispositif fictif mettent souvent en action des fantômes érotiques sur des zones érogènes des femmes telles, comme vu, que le sein), voir, en plus des scènes dans lesquelles Else est présente, dans le roman en question, également la scène nocturne sur les toits de l’« Hôtel de l'Amiral », en face de la chambre dans le galetas dans laquelle se trouvent Leon Le Guérec, le Colosse, et Emma, sa femme (dans Le chien jaune [1931, v. supra), où le commissaire et son assistant regardent dans le noir et interprètent la scène de la performance sexuelle du Colosse / Emma dans la chambre qui, jusqu'à quelques instants auparavant, était éclairée par une bougie, mais qui se déroule maintenant dans l'obscurité, comme s'il s'agissait d'une scène d'un film spécialisé pour spectateurs scopophiles. Enfin, il ne faut pas oublier que Simenon connaissait bien cette paraphilie puisque, sous pseudonyme, il a écrit de nombreux textes narratifs (des romans « légers » et de nouvelles « légères », v. la classification de Michel Lemoine dans L’autre univers de Simenon, infra) où la scopophilie revient (aussi que son double, l'exhibitionnisme), mélangé à des autres situations en plus ou en moins érotiques.

Remarque(s), 12 : il convient de noter que dans ce roman, contrairement aux autres de la saga, Maigret n'est pas un commissaire gentil, paisible et bonasse, mais il est particulièrement actif dans cette intrigue riche en action. En effet, on le voit courir, sauter dans un puits de trois mètres de haut (pour écraser de son poids considérable le pauvre Michonnet qui tente d'étrangler Else), enfoncer des portes (celle d'Else qui tente de s'échapper par la fenêtre), démonter des voitures dans le garage d’Oscar à la recherche de marchandises volées ou tirer au revolver sur les chambres à air des pneus des roues, attacher un truand à son lit avec des câbles électriques et bien d'autres choses encore.

Remarque(s), 13 : de petites incohérences de détail suivent : la résidence des Andersen est-elle à cent mètres des autres maisons, ou à deux cents ? Le corps d’Isaac Goldberg est transporté à l'« amphithéâtre d'Arpajon » (ch. 1) ou à la « morgue d'Étampes » (ch. 2) ? Mme Michonnet a elle « une quarantaine d’années » (ch. 3) ou une cinquantaine (« Elle avait près de cinquante ans », ch. 8) ?

Remarque(s), 14 : de petites curiosités suivent : Maigret n'ouvre la porte que de la main gauche : les écarts par rapport à ce schéma sont précisément enregistrés par Mme Maigret (« Tu ouvres la porte de la main droite … ») et lus comme des présages de malheur (« Mme Maigret ne se cachait pas d’être superstitieuse » [ch. 1]) ; Maigret, qui est notoirement enclin à boire, ne veut pas boire avec Oscar, bien que ce dernier l'invite à plusieurs reprises à prendre un verre (par exemple : « Vous ne voulez pas venir boire quelque chose ? … – Merci. – Vous avez tort … Mais je n’insiste pas … » [ch. 3]). Or donc, on constate que dans ce roman le comportement de Maigret redevient normal, c'est-à-dire enclin à boire, lorsqu'il fouille l'appartement abandonné des Michonnet [v. supra] où il trouve sur la table de la cuisine « les assiettes sales du dîner et une carafe » qui contient « un reste de vin blanc » que Maigret boit « à même la carafe » (ch. 8) comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Remarque(s), 15 : pour conclure, une remarque sur la Citroën 5CV (1922-1926). Le roman en objet a été écrite en 1931 et, comme vous le verrez à suivre, la voiture mentionnée ici a cessé d'être produite en 1926, et c'est pourquoi Maigret parle de la 5CV de Carl Andersen comme d'une voiture « d’un type démodée, dont vous vous servez pour faire vous-même vos provision au marché d’Arpajon », une voiture comparée à «une six cylindres neuve, d'une marque connue » (la voiture de Émile Michonnet, acheté à crédit), ce qui signifie que, étant donné la nature à la mode des marchés de masse naissants en France à l’époque sur le model americain, la 5CV, une nouveauté absolue en 1922, était une dizaine d'années plus tard comparée avec mépris à un « tacot », une voiture assez bonne pour faire des courses ou, si vous deviez vraiment le faire, aller à Paris une fois par mois (tout comme Carl Andersen le fait pour toucher son dû pour son travail à la « Maison Dumas et Fils», à Paris). Et c'est pour cette raison, que l'on compare la 5CV à un « tacot » à l'ancienne par rapport à un six cylindres de marque et qui vient de sortir sur le marché en 1931, que nous retraçons ci-dessous l'histoire de la 5CV et le fait que c'est grâce à elle et avec elle que les prodromes de la société de masse se sont manifestés avec ses modes et ses nouvelles façons de produire, de faire de la publicité et de commercialiser des objets (les petites autos) qui ont envahi les rues de France, et pas seulement. Il est utile, ici, de rappeler que la période 1919-1939 a vu (étant donné qu’après la Première Guerre mondiale les centres névralgiques du développement économique et sociale se sont déplacés de l'Europe occidentale vers les États-Unis et le Japon, modifiant ainsi la division internationale du travail, de la production et du capital), une augmentation soutenue de la consommation de masse de produits manufacturés comme la radio et les premières appareils électroménagers (dans les U.S.A.) et, surtout, les voitures ; par exemple, en 1914, il y avait 2,5 millions de voitures en circulation dans le monde, dont 1,8 million pour les seuls États-Unis ; en 1939, depuis la domination de le tournant tayloriste dans beaucoup d’usines du monde, quelque 50 millions de voitures étaient déjà en circulation. Or, la Citroën Type C, aussi connue sous l’appellation « Citroën 5HP » ou « Citroën 5CV », est le second modèle d'automobile conçu et commercialisé par le chef d'entreprise, André Citroën, entre 1922 et 1926 (l’appellation commerciale « 5HP » devient « 5CV » en 1925, à l’occasion du changement du mode de calcul de la puissance des moteurs et de l’acronyme : Horse Power (HP) devient Chevaux Vapeur, « CV », qui désigne d’une manière nouvelle la puissance fiscale), et l'une des premières et unique couleurs dans laquelle elle est proposée est le jaune (un léger jaune citron), qui lui vaut le premier sobriquet de « pt’ite Citron » (elle est également surnommée « Cul de Poule » à cause de son arrière en « pointe de course », puis « Trèfle » du fait de sa version Torpédo à trois places disposées, métaphoriquement, en trèfle : deux sièges de voiture à l'avant et un à l'arrière ; le succès de cette dernière carrosserie vaudra d’ailleurs à tous les modèles de 5CV, l’application impropre du surnom de « Trèfle »).

 


La « Petite Citron », version Torpédo (à deux places, T2 ; la carrosserie de cette voiture est constituée d'un cadre en bois, sur lequel sont cloués les panneaux de la carrosserie ; la 5HP sera la dernière Citroën dotée d'une carrosserie à châssis composite (cadre en bois recouvert de tôle profilée). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27automobile#/media/Fichier:Citroen_trefle.jpg )

 Alors que le gouvernement français encourage après la fin de la Première Guerre Mondiale, par des avantages fiscaux, les constructeurs automobiles à investir dans les cyclecars (des voitures détaxées et légères, avec la limite de poids, à vide, de 350 kg), André Citroën préfère se tourner avec un grand succès vers les petites voitures (la 5CV comblait donc une lacune dans la production de voitures de l'époque parce qu’elle a était le trait d'union entre les cyclecars et les voitures conventionnelles). La 5CV est donc la première Citroën à faire son entrée dans le segment des petites voitures (longueur de 3,2 m; largeur de 1,4 m; hauteur, 1,6 m et poids, à vide, de 543 kg), alors monopolisé par Peugeot et Renault; encore, la 5CV est produit avec une fabrication a continué à partir de 1922 ; a continué ou en série, à savoir avec la méthode de production inspirée de la chaîne de montage, l’assembly-line américaine d’Henry Ford, beaucoup efficace pour réduire les coûts de production grâce aux économies d'échelle, que André Citroën, le French Ford, il connaît bien grâce à son voyage avant-guerre aux États Unis, à l’usine « Ford », à Dearborn, près de Détroit, en 1912, usine dans laquelle est appliqué le « taylorisme », autrement dit, l’organisation scientifique du travail, liée ce dernier à l'utilisation de la chaîne de montage automoteur, ce qui s’appelle (avec l’augmentation des salaires des ouvrières au fin d'acheter les produits du marché, environ deux fois plus que les autres salaires industriels, et avec une réduction de la journée de travail de 10 à 8 heure) « fordisme »; ce qui est encore la base du formidable développement de la consommation de masse, mais rien qu'aux États-Unis, au cours des années Vingt, voyage qui a permis à André Citroën de comprendre que le développement du produit et celui de la consommation doivent être intimement liés (et il est également nécessaire de se remémorer que, au cours de la Premiere Guerre Mondiale, dans un climat de reconversion industrielle et d’économie de guerre, on a vu, grâce à André Citroën, l’implantation ex nihilo en France, en 1915, d’une usine taylorienne, quai de Javel, XVe arrondissement, Paris ; une usine qui a fait recours largement à la main-d'œuvre féminine, pour l’80% de l'effectif total, et qui a été capable de produire, en trente-neuf opérations, selon le paradigme de l'organisation scientifique du travail, un modèle unique de projectile mortel, un obus à balles de 75 mm, dit shrapnells, en 10 000 pièces par jour ; en 1916, en régulière progression, les obus sont été produit jusqu’à 15 000, voir 20 000 pièces par jour, par un total de 26 millions de munitions pendant la guerre).

 


La 5CV Citroën : la première chaîne de production automobile de masse en Europe (source : http://www.citroenet.org.uk/passenger-cars/ac/5hp-type-c/5hp-type-c.html ; année de publication inconnu)

La 5CV se définit donc comme une marque dédiée à une motorisation qui se veut de masse basé sur le modèle américain de la « Ford T » (1908-1927) ; et à ce propos, il faut aussi rappeler, en plus de la France avec ses établissement industriel à Levallois et Javel, puis avec des  usines à Suresnes, Clichy, Saint-Ouen et à Grenelle (qui témoignent de l'élargissement du marché de les Citroën), que des unités de production de la 5CV sont installées, à partir de 1925, en Espagne, Italie, Pologne, Algérie, Belgique et Angleterre, afin d’échapper et de surmonter l'abolition du libre-échange en 1919 au profit d'un un régime délibérément protectionniste souhaité vivement par les différents nationalismes économiques, donc aux barrières douanières qui imposent des taxes élevées pour les produits d’importation ; encore, pour donner un exemple de son innovation technologique constante et de sa productivité, la Citroën, avec 25 000 salariés et 4 000 sous-traitants, produit, en 1929, 100 000 véhicules contre les 2 500 autos en 1919. Motorisation de masse naissante qui a promu surtout cette voiture vers un public féminin, ce qui est, à l'époque, un fait sans précédent (choix du marché fait parce que, entre autres choses, la voiture 5CV est, comme vu, de petites dimension et équipée d'un démarreur et de phares électriques, caractéristiques techniques renforcées par la publicité pour satisfaire une clientèle féminine beaucoup sensible à l’utilisation aisée, à tel point que tous les documents publicitaires de la 5CV, avec des campagnes de presse qui peuvent être dit massives, représentent en effet la voiture conduite par une jeune femme élégante et moderne, voir image à suivre) ; en chaque cas son succès de masse était dû, dans un ordre arbitraire, à sa faible consommation d'essence et d'huile (elle a une consommation d’essence de 5 litres par 100 km), au faible coût de son entretien, à sa facilité de conduite, à la mobilité territorial que cette voiture permettait (la vitesse maximale est de 60 km par heure), à la pluralité de ses couleurs (ensuite, en plus du jaune, ont été ajoutés le rouge bordeaux, le bleu ou du havane = brun), à un réseau étendu sur le territoire de soutien technique aux clients [v. infra], à la vente à crédit [v. infra] et, surtout, pour le prix d’achat, 8 500 FF en 1922, en adéquation avec un marché de la classe moyenne nouvellement constitué .

 


5CV version Cabriolet (source : https://www.citroen-5hp.ch/fr/L_Histoire.htm ; année de publication inconnu)

Ces aspects de la production de masse du petit boom économique des années Vingt et de la commercialisation des objets produit (qui impliquent également un élargissement du marché du travail légal intensif [v. l'introduction du taylorisme et du fordisme, supra] et des grèves pour de meilleures conditions de travail et une augmentation des niveaux de salaire ; mais aussi, en générale, du travail illégal, et ce dernier sera par la suite lié à l'immigration en provenance d'Europe de l'Est, avec les problèmes émergents de racisme et de xénophobie [v. infra]), sont puis souligné par les faits que, dans le marché des objet industriel, ces voitures peuvent également être achetées, comme dit, à crédit (une méthode de vente et de paiement, nouvelle pour l'époque et qui a été immédiatement imitée, en Italie, par exemple, en 1925 par l'industrie automobile Fiat), merci, dans le 1920, à la SOVAC, première entreprise de crédit à la consommation, et en 1922 par la création, également grâce à André Citroën, d’une société pour la vente à crédit, à des taux réduits, la SADIF, mode de paiement qui permet l'accès à la consommation de ces segments des classes moyennes qui en seraient autrement exclues (d'ailleurs, voir dans le roman en objet, par exemple, Michonnet, « agent d’assurance », qui n'a pas les moyens de l'acheter au comptant la voiture, contrairement à ce qu'il prétend, qui l'achète « à tempérament », en signant « dix-huit traites »), commercialisation qui est ensuite qui est ensuite suivi par le service après-vente axé sur la fidélisation des clients grâce à l’extension d’une solide réseau de maintenance des voitures au service des clients (les agents étaient, en 1925, au nombre de 5 000) et de ses filiales et concessions exclusives qui ont été créées partout dans le monde. Après un démarrage lent en 1922, son succès dans la fabrication et la distribution à grande échelle des 5CV est tel qu’à partir de 1924, elle représente près de la moitié des ventes dans le marché des voitures (mais André Citroën, ensuite, prend la décision de mettre fin à sa production en mai 1926 parce que, bien que la 5CV soit un succès indéniable qui a vendu 80 000 exemplaire entre1921 et 1926, elle n’est pas de facto suffisamment rentable pour rembourser les lourds emprunts d'investissement indispensables, le tout en vue d'élargir le marché avec une nouvelle voiture entièrement métallique, pas composite comme la 5CV [v. supra]). En tout cas, comme disent les publicités d’époque, la 5CV représente la première voiturette construite en grand série avec un prix d’achat réduite qui la met à la portée de tous (lire : la classe moyenne urbaine et émergente des cadres, v. infra ; pour les autres, ceux qui ne peuvent pas se payer une voiture, au moins jusqu'après les années du deuxième après-guerre, il y a les vélos, déjà produits en masse et accessibles au public de la main-d'œuvre). Et bien que, dans les villes, la transition du cheval comme moyen de transport à la voiture, qui a finalement conduit à la motorisation de masse, ait duré des décennies (ainsi que l'amélioration du système de la viabilité ordinaire et du réseau routier en France grâce à l'utilisation de l'asphalte, un dérivé du pétrole), la voiture n'est vraiment devenue un bien de consommation de masse dans tous les pays occidentaux qu'après la Seconde Guerre mondiale, au cours de les « Trente Glorieuses » (les années Cinquante, Soixante et Septante), on peut affermer, d'une certaine manière, que la 5CV  représente la première voiture « populaire » européenne, à tel point que l'on peut dire que la 5CV est une métonymie (le symbole pour la chose symbolisé), avant la crise de 1929, de le début d’une démocratisation de l'automobile en France et en Europe.


 

La publicité d’époque, 1923 (source : http://www.citroenet.org.uk/passenger-cars/ac/5hp-type-c/5hp-type-c.html )

La géographie de l'automobile : exemples de la motorisation de masse dans le monde occidentalisé du premier boom, après le premiere après-guerre et pendant la reprise économique des années Vingt, avant la crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale (lorsque le marché des produits de consommation industrielle s'adresse surtout aux classes moyennes récemment formées), et lors du second et vraie boom (quand le marché des produits industriels de consommation est de masse parce que s'adresse à toutes les classes), pendant les premières années après le deuxième après-guerre et les Trente Glorieuses ; les chiffres ci-dessous montrent le marché automobile dans les pays européens et non européens sur deux années données et où chaque chiffre exprime la présence d'une voiture en circulation par nombre déterminé d'habitants dans les pays impliqué :

 

Année

Pays

Une automobile sur la route par nombre donné d'habitants

1927

Extra-européen

U.S.A.

    5,3

Australie et Nouvelle-Zélande

  10,5

Canada

  10,7

Européen

Grande-Bretagne

  43

France

  44

Suède

  61

Allemagne

196

Italie

325

1956

Extra-européen

U.S.A.

   3

Canada

   4,7

Australie

   6,1

Européen

Suède

   9,9

France

 11,8

Grande-Bretagne

 12,2

Allemagne de l'Ouest

 20,7

Italie

 47,4

Source: F. Paolini, Storia sociale dell’automobile in Italia, Roma, Carocci, 2007, p. 24, p. 46.

Fiches récapitulatives :

 

Traits distinctif

Caractéristique générale

Victime

Isaac Goldberg

Mme Goldberg

Carl Andersen

Else Andersen

Suspect

Carl Andersen

Non identifiable

Non identifiable

Non identifiable

Émile Michonnet

Methode de morte

Arme à feu

Arme à feu (carabine)

Arme à feu (Browning)

Arme à feu (carabine)

Poison

Lieu

Au carrefour des Trois-Veuves

Devant l’auberge d’Avrainville

Dans sa voiture

Dans le jardin de sa maison

La Maison des Trois-Veuves

Heure

De nuit

Vers 22 h.

Vers 11 h.

Le soir

Le soir

Mobile

S'approprier des diamants

Éliminer une personne qui est informée des affaires de son mari

Pour l'identifier comme le coupable

Par haine personnelle pour une personne qui a détruit sa respectabilité de petit-bourgeois

Coupable

Guido Ferrari

Guido Ferrari

Guido Ferrari

Guido Ferrari1

Émile Michonnet

Juge d'instruction

Coméliau

1 Certains identifient Émile Michonnet comme le coupable

 

Traits distinctif

Caractéristique générale

Géographie des actions

Le carrefour de Trois-veuve, à trois kilomètres d’Arpajon (Seine-et-Oise, actuellement Essonne). Avrainville (Essonne). Paris. Anvers (Belge). Copenhague (Danemark). Référence : Jeumont (canton de Maubeuge-Nord), Hambourg (Allemagne).

Climatologie

Mi-avril (fin de l'hiver)

Temps d’exécution

Quatre jours

Sources d'information :


1.     C. Menguy et P. Deligny, De George Sim à Simenon. Bibliographie, Paris, Omnibus, 2004, p. 28.

2.     M. Piron et M. Lemoine, L’univers de Simenon. Guide des Romans et nouvelles (1931-1972) de Georges Simenon, Paris, Presses de la Cité, 1983, pp. 266-267.

3.     B. Alavoine, Les enquêtes de Maigret de Georges Simenon, Amiens, Encrage Éditions, 2015, p. 84.

4.     M. Lemoine, Index des personnages de George Simenon, Bruxelles, Éditions Labor, 1985, pp. 33, 34, 226, 260, 314, 401-403, 500.

5.     M. Lemoine, L’autre univers de Simenon. Guide complet des romans populaires publiés sous pseudonymes, Liège, Éditions du C.L.P.C.F., 1991 (v. le roman classé comme « léger » et les nouvelles classées comme « légères » ; v., par exemples, p. 32, pour le roman, et pp. 59-60, pour les nouvelles).

6.     http://www.association-jacques-riviere-alain-fournier.com/reperage/simenon/notice_maigret/note_maigret_Nuit%20du%20carrefour.htm

7.     https://www.toutsimenon.com/oeuvre/tout-simenon/fiche-livre/17-La-nuit-du-carrefour_3998

8.     http://www.trussel.com/maig/plots/nuiplot.htm

9.     https://www.citroen-5hp.ch/fr/L_Histoire.htm

10.  https://fr.wikipedia.org/wiki/Citro%C3%ABn_Type_C_5HP

11.  A. Vanoncini, « Du roman policier au roman de l'homme : La Nuit du carrefour de Georges Simenon », in Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1988, n° 40, pp. 183-196 ;

12.  Ch. Shorley, « La Nuit du carrefour (1931) : Maigret’s Crossroads and Simenon’s Charnière », in Irish Journal of French Studies, Volume 7, 2007, pp. 5-25(21), Association des études françaises et francophones d'Irlande.

13.  J. Forest, Les archives Maigret. Répertoire analytique complet de ses cent sept enquêtes, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1994, pp. 45-47.

14.  M. Wenger, La saga de Maigret. Le commissaire bougon devenu raccommodeur de destinées, Amiens, AARP & Encrage Éditions, 2020, pp. 23-24.

15.  M. Wenger, Maigret et les mystères du carrefour, https://www.trussel.com/maig/carrefour-f.htm#:~:text=En%20relisant%20La%20nuit%20du,le%20n%C5%93ud%20de%20l'action

16.  G. de Croock, Analyse de la localisation du carrefour des Trois-Veuves, http://www.trussel.com/maig/Maigret-in-France/carre1.htm, http://www.trussel.com/maig/Maigret-in-France/carre2.htm

17.  S. Schweitzer, André Citroën, 1878-1935. Le risque et le défi, Paris, Fayard, 1992, pp. 7-12, pp. 48-61, pp. 80-81, pp. 101-108, pp.128-133.

18.  Les Années folles : un besoin d'évasion, dans Alternatives Economiques, 2006/7 (n° 249), p. 56.

19.  C. Pavese, Dalla vela al vapore, dall’automobile all’aeroplano, in Castronovo V. (ed.), Storia dell’economia mondiale, Bari, Laterza, 2000, vol. 4, pp. 54-59.

20.  P. Bairoch, Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, Paris, Gallimard, 1997, Vol. III, pp. 40-46.

21.  O. Feiertag, L’économie française de 1914 à nos jours. Le temps de la mondialisation, Paris, La documentation photographique, n. 8081, p. 20, p. 26, p. 48.

22.  F. Paolini, Storia sociale dell’automobile in Italia, Roma, Carocci, 2007, p. 24, p. 46.

23.  S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905-1924), Paris, Flammarion, pp. 137-140, pp. 182-184, pp. 187-191, pp. 203-204, p. 350, p. 352, p. 355.

24.  S. Freud, Pulsion et destin des pulsions, dans Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, pp. 11-44.

25.  J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, Presses Universitaire François, 1967 (v. sub voce des termes utilisés ici).

26.  A. Mathonet, Regard et voyeurisme dans l’œuvre romanesque de Simenon, Liège, Éditions du CÉFAL, 1996.

27.  R. Jouanny, Le regard de Maigret sur les femmes, dans C. Elefante (ed.), Les écritures de Maigret, Atti del Centro Studi sulla Letteratura Belga di Lingua Francese, CLUEB, Bologna, 1998, pp. 359-389. 


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